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rub 31


mardi 30 décembre 2008

Point de vue de Khaled Asmar - Beyrouth

Les masques tombent : la ligne de démarcation séparant la Syrie et l’Iran de l’Egypte et d’Arabie, passe par Gaza et prend Israël en étau

Après Hassan Nasrallah, la Syrie appelle les Egyptiens à rééditer le coup d’Etat de juillet 1952

Les masques sont en train de tomber, l’un après l’autre, laissant apparaitre les détails du scénario dessiné par le Guide de l’axe irano-syrien, l’Ayatollah Ali Khamenaï, et dont la réalisation est confiée à Hassan Nasrallah qui se revendique "soldat dans l’armée de Wilayat Al-Faguih", et à la direction du Hamas. Malheureusement, ce scénario, doté de milliards de dollars investis dans le Hezbollah et le Hamas depuis des années, prend en otage les civils, tantôt Libanais, tantôt Palestiniens, et toujours Israéliens.


Les sorties médiatiques du secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah, les 28 et 29 décembre, appelant les Egyptiens à se mobiliser contre leur régime et pour soutenir Gaza, font partie de ce scénario machiavélique visant à déstabiliser le pouvoir du Caire. Le ministre égyptien des Affaires étrangères, Ahmed Abou Al-Ghaïth, n’a pas mâché ses mots en considérant les positions de Nasrallah comme « une déclaration de guerre faite à l’Egypte ».

Aujourd’hui, ce fut le tour du responsable des Relations extérieures du parti chiite qui se prétend libanais, Nawwaf Al-Moussaoui, d’enfoncer le clou. Sur « Al-Manar », Moussaoui a riposté ce matin aux propos d’Abou Al-Ghaïth, estimant que « Hassan Nasrallah exprimait les sentiments de 99% des Egyptiens, alors que Abou Al-Ghaïth n’exprimait que les avis de Condoleezza Rice et Tsipi Livni ». Auparavant, le N°2 du Hezbollah, Naïm Qassem, avait crié haut et fort, « à l’attention du monde entier », que « le choix définitif de son parti était celui de la résistance, dans toutes ses formes. Il en va de la résistance armée, mais aussi culturelle, politique, éducative et économique. Une résistance qui continuera à mettre en échec le plan américano-sioniste pour la région ». Rappelons que Hassan Nasrallah avait lâché, au détour d’une phrase, que « ce qui se déroule aujourd’hui dans la région était conforme aux ordres du Guide Khamenaï, que Dieu protège ».

Pour que le scénario soit complet, et pour que le dernier masque tombe définitivement, le quotidien syrien « Al Watan », propriété de Rami Makhlouf (cousin de Bachar Al-Assad), remet aujourd’hui une nouvelle couche, s’en prenant à l’Egypte et à l’Arabie saoudite, « deux pays qui complotent contre les Palestiniens ». « Al Watan » a invité les Egyptiens à « se libérer des comploteurs qui poignardent la cause palestinienne depuis 1948, et à réaliser un coup d’Etat semblable à celui de juillet 1952 mené contre le roi Farouk ».

A travers cette mise en scène médiatique, l’axe irano-syrien et ses prolongements libanais (Hezbollah et alliés) et palestiniens (Hamas et Jihad islamique), envoient la population palestinienne de Gaza dans le fournil. Peu leur importe le nombre de tués. Comme le Hezbollah l’avait déjà fait au Liban en 1996 et 2006, les Palestiniens souhaitent - voire pourraient provoquer - des massacres à grande échelle semblables à ceux de Qana, afin de les exploiter et de forcer Israël à cessez-le-feu. Ainsi, après avoir sacrifié des milliers de civils libanais, les metteurs en scène utilisent aujourd’hui les civils palestiniens à Gaza, pour parvenir à leur objectif égyptien. Dans ce jeu macabre, les civils israéliens sont constamment impliqués.

Pour l’instant, Israël a réussi à limiter les erreurs et à éviter de toucher massivement des civils (une cinquantaine sur 360 morts selon l’UNRWA). Mais ce sont cinquante morts de trop, qui ont déjà mobilisé les Chiites en Arabie, où des accrochages sont signalés entre les forces de l’ordre et les manifestants. Ils ont également mobilisé au Yémen, où des manifestants ont investi et saccagé le consulat d’Egypte à Aden en guise de protestation contre la politique de Moubarak. Quant aux Egyptiens, ils ont compris les enjeux stratégiques qui les menacent. Les quelques manifestants sont restés très discrets, hier, en observant des sit-in sur les trottoirs. Mais ceci ne les a pas empêché de vomir littéralement Hassan Nasrallah, relayant ainsi la presse égyptienne qui l’a mis à nu et l’a réduit à son strict rôle de « petit soldat (rat) dans l’armée iranienne ».

Ainsi, le monde arabe a compris, enfin, la vrai nature du Hezbollah. Mais un grand risque subsiste : si, sous la pression de l’opinion publique, Israël arrête ses opérations de « nettoyage » de Gaza, le Hamas s’en sortira grandi, et tous ceux qui l’ont critiqué, avec le Hezbollah et leurs maîtres syriens et iraniens, recevront un « retour de manivelle dans la gueule », et se mettront à la merci de l’hégémonie iranienne. Pour éviter un tel scénario, tous les pays arabes laissent faire Israël mais estiment que le temps lui est compté. C’est ainsi que la ligne de démarcation entre les deux camps risque de s’installer à Gaza, en prolongation de celle qui existe au Liban.

Pour éviter de périr entre deux feux, Israël a probablement, et pour la première fois, un intérêt hautement stratégique à rompre son alliance qui ne dit pas son nom avec la minorité alaouite syrienne, et d’éradiquer la direction du Hamas établie à Damas. Faute de quoi, l’hégémonie iranienne l’emportera sur la « Takkiya » alaouite avant de « rayer Israël de la carte ». Hassan Nasrallah l’a rappelé hier : « ce ne sera que question de temps ».

Khaled Asmar

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