L’éditorial de Chawki Freïha

Après avoir créé le Liban, Dieu a fait son mea culpa. A quand celui des hommes ?

vendredi 14 septembre 2007 - 22h26, par Chawki Freïha - Beyrouth

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La date anniversaire de l’assassinat du président libanais Bachir Gemayel, le 14 septembre 1982, m’incite à revisiter l’histoire du Liban et à rappeler la légende de sa création.

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Cette vieille légende dit que le jour de la Création, Dieu a ordonné à ses subordonnés de créer la plus belle montagne. Ce fut le Mont-Liban. Il y a ajouté les plus jolies vallées, à l’image de la Vallée Sainte de la Qadisha. Il a demandé à ses conseillers de faire jaillir l’eau la plus pure. Ce fut les dizaines de fleuves et de rivières. Il a agencé les plus belles plages, et installé le meilleur climat. Il a inventé les plus belles plaines, ce fut la Békaa et le Akkar. Il a enfin doté ce territoire des fruits les plus délicieux et a demandé à ses conseillers d’installer dans ce petit territoire un peuple bon. Dieu a ainsi voulu réaliser sur terre un « paradis miniaturisé », et ce fut le Liban.

Quand ce mini-paradis fut créé, l’entourage du Créateur a protesté : « Mais Seigneur, que reste-t-il aux autres ? Votre très belle œuvre va sans doute attiser des jalousies ». Dieu a réfléchi avant de faire son ma culpa et de décider de doter ce pays des « pires voisins », en guise de rééquilibrage.

Ainsi, depuis l’ère du temps, le Liban a été le théâtre de toutes les invasions. Depuis les Mongols et autres Tatars, jusqu’aux Israéliens et Syriens, en passant par les Ottomans et Byzantins, ce petit territoire paradisiaque a été convoité par ses pires voisins, anciens, récents et contemporains.

Dans les années 1980, Israël a protesté contre la présence de l’OLP au Liban, et a mené une guerre pour en chasser le Fatahland. L’Etat hébreu considérait que sa sécurité dépendait de la sécurité du Liban. La Syrie, l’autre voisin, qualifiant le Liban de « ventre mou », a cru que « la sécurité du Liban fait partie de la sécurité nationale syrienne ». Damas, qui n’a jamais connu ni accepté le Liban en tant que pays souverain et indépendant, s’est échangé les rôles avec Israël, tour à tour, pour déchirer et détruire « l’œuvre divine ».

Dieu a fait son mea culpa, ainsi que certains Libanais, qui ont volé au secours de leur Patrie depuis 1975. Bachir Gemayel a dit et répété à maintes reprises que « seule la libanisation de la sécurité garantira la sécurité pour tous ». Cette formule est encore vraie. Jour après jour, cette vérité se confirme. L’assassinat de Bachir visait à juste titre à empêcher le Liban d’accéder à sa souveraineté. Avant lui, avec lui et après lui, des milliers d’autres Libanais sont tombés pour ce même idéal...

Le 14 février 2005, une autre date symbolique de l’histoire du Liban, ce fut l’assassinat de Rafic Hariri. Cet événement a réveillé une autre partie de Libanais de son sommeil, et lui a ouvert les yeux sur la réalité des ces « pires voisins ». C’est alors que le Druze Walid Joumblatt a fait son propre mea culpa, reconnaissant avoir eu peur de voir la réalité en face depuis l’assassinat de son père, Kamal Joumblatt, en mars 1976. Les Sunnites ont fait de même, et ont désigné la responsabilité du « pire » frère dans l’assassinat de Hariri. Les héritiers de Bachir Gemayel, ceux de Kamal Joumblatt et ceux de Rafic Hariri se sont ainsi réveillés et se sont coalisés dans « l’Alliance du 14 mars » pour « redonner un sens à la créature de Dieu, à ce paradis miniaturisé ».

Reste aujourd’hui à prier pour que la troisième composante libanaise, encore ivre de ses « pseudo victoires » et anesthésiée, puisse se réveiller à son tour, faire son propre mea culpa et rejoindre la Patrie, au lieu de suivre « la volonté destructrice d’un voisin », face à un « autre voisin ». Car notre salut à tous réside dans notre libanité, par notre adhésion pleine et entière à ce bout de paradis sur terre.