Liban : une affaire peut en cacher une autre. Tout sur la montée du juge d’instruction de l’affaire Hariri, et sa chute prévisible

lundi 2 juillet 2007 - 22h02

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Le quotidien koweïtien « Al Raï Al Am » (l’Opinion publique) publie ce lundi un article qui aura « l’effet d’une bombe ». Il consacre en effet un long article au juge Elias Eid, chargé de l’instruction du dossier Hariri.

Ces derniers jours, les avocats des proches des victimes tombées dans l’attentat contre Rafic Hariri ont en effet demandé que le juge Eid soit dessaisi du dossier. Ce qui a provoqué un mini-scandale au Liban. Eid s’apprêtait en effet à libérer deux des quatre généraux accusés d’implication dans l’attentat du 14 février 2005, notamment Raymond Azar et Jamil Al-Sayyed.

Le quotidien révèle en effet que le juge Eid est un ami des quatre généraux, et sa nomination à son poste est due à l’ancien ministre de la Justice, Adnan Addoum, d’origine syrienne. Ce dernier avait choisi Eid pour instruire le dossier Hariri le 24 mars 2005, en sachant qu’il le « tient » avec des « dossiers très compromettants ». Grâce à ces dossiers, et aux menaces que le juge Eid a reçu de la part de ses « anciens maîtres syriens », il a tenté de libérer les quatre généraux. Le « dossier compromettant » aurait été ficelé par Addoum, par Jamil Al Sayyed, ancien directeur de la Sûreté générale qui avait transformé son service en « police politique au service de la tutelle syrienne dirigée à l’époque par Rustom Ghazalé ». Ce trio (Ghazalé-Sayyed-Addoum) a choisi Eid pour instruire le dossier Hariri pour plusieurs raisons. Outre leur pouvoir à le faire « chanter » avec le dossier qu’ils tiennent contre lui, il leur fallait un juge qui « assure leur arrière » après le retrait syrien, effectué en avril 2005.

Or, les hésitations du juge Eid à demander la libération des quatre suspects a irrité la Syrie, au point que Assef Chawkate, le beau-frère du président Assad et chef des Renseignements militaires syriens, a eu une copie du dossier compromettant, et l’a remise à un allié libanais de l’opposition. Ce dernier a rencontré Eid, et lui a fait savoir qu’il a possession de ce dossier et qu’il convient donc de libérer les généraux, s’il veut avoir sa vie et celle de sa famille sauve. Eid a eu un malaise et a été hospitalisé le 20 juin dernier.

Pour toutes ces raisons, les avocats des familles des victimes ont demandé la dessaisie de Eid, au risque de discréditer toute l’instruction déjà effectuée dans l’assassinat des leurs, et celle de Hariri. D’autant plus que ce dossier est victime d’une campagne médiatique menée par l’opposition à coup de fuites de certains éléments du dossier.

Ce qui vient compliquer les choses c’est que le juge qui doit décider de donner suite à la demande de dessaisie, Sami Mansour, est lui aussi proche du Hezbollah et son nom avait été proposé par Hassan Nasrallah pour occuper le ministère des Affaires étrangères, lors de la formation du gouvernement de Fouad Siniora. Ceci pourrait plaider en faveur du maintien de Eid à son poste, afin de finir par libérer les généraux, pour accomplir la mission pour laquelle il a été désigné, et tenter d’enterrer le dossier dans lequel il est impliqué et qui sert les Syriens pour le faire chanter.

Lire l'article original : Al Raï Al Am - Koweït