L’éditorial de Khaled Asmar

L’Occident en péril

Elections de mi-mandat aux Etats-Unis : victoire de la démocratie, "défaite du concept de démocratisation du grand Moyen-Orient"

mercredi 8 novembre 2006 - 15h58, par Mediarabe.info

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Sans contester la démocratie américaine, il est regrettable de constater que le choix des électeurs américains, imposant au président républicain une majorité démocrate, peut mettre en péril l’ensemble du monde libre.

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Dans toute compétition, il y a des vainqueurs et des vaincus. Les élections de mi-mandat aux Etats-Unis se sont déroulées la nuit dernière. Le scrutin a donné une large avance aux démocrates à la Chambre des Représentants, en attendant les résultats définitifs concernant la composition du futur Sénat. Mais d’ores et déjà, George W. Bush est condamné à cohabiter pendant les deux dernières années de son mandat. Au-delà de la défaite des Républicains, ce sont tous ceux, à travers la planète, qui ont osé miser sur les Etats-Unis pour se libérer des dictatures militaires ou théologiques, qui se sentent défaits. Les élections de mi-mandats auront ainsi fait plus que de vaincus que de vainqueurs.

Cette défaite prévisible des Républicains est due, à ne pas en douter, à la gestion catastrophique des « victoires » militaires américaines – et occidentales par extension – en Irak et en Afghanistan. Mais cette gestion hasardeuse a transformé les « succès » militaires en défaites politiques à Washington. Avec tout le respect que la planète doit à la démocratie américaine, il est regrettable que le peuple américain ait occulté les performances économiques de son Administration, pour la sanctionner uniquement pour ses échecs politiques et diplomatiques sur la scène internationale.

Depuis l’été 2003, la Maison Blanche était pourtant prévenue du danger qui la guettait en Irak, avec les premières rebellions des Sunnites, infiltrés par Al-Qaïda et soutenus par la Syrie notamment dans la province d’Al-Anbar. S’en est suivi plusieurs avertissements pointant le danger iranien que constituait la manipulation des milices de Moqtada Sadr et autres Abdelaziz Hakim et Ahmed Chalabi… Aujourd’hui, l’administration américaine semble payer à la fois son imperméabilité aux mises en garde, et son laxisme quant au bellicisme syro-iranien qui a déstabilisé l’Irak et empêché la greffe démocratique d’y prendre.

La défaite républicaine pourrait accélérer, dans les semaines ou les mois à venir, un retrait américain précipité d’Irak, laissant le champ libre aux forces de l’obscurantisme, et à « l’axe du mal ». L’Irak entrera alors, les pieds joints, dans une nouvelle phase de guerre civile qui n’épargnera pas la région. Les Sunnites arabes, nostalgiques de Bagdad capitale du Calife, se mobiliseront pour soutenir leurs coreligionnaires irakiens, afin d’empêcher le pays de tomber sous la coupe iranienne. L’axe sunnite se mettra en place pour faire face à l’axe chiite… Mais au-delà de ces risques, les électeurs américains viennent de confirmer leur champ de vision « limité » en se focalisant sur les intérêts immédiats, au détriment d’une vue stratégique, dépassant leurs frontières.

En effet, les retombées du changement de majorité à Washington pourraient être d’une importance capitale pour l’ensemble du monde libre. Car un retrait rapide d’Irak, sous quelque forme que ce soit, donnera l’impression d’une faiblesse américaine et, par opposition, il renforcera l’axe du mal. Celui-ci ne se contentera pas de sa victoire en Irak, mais il songera, sans nul doute, à poursuivre les vaincus jusque chez eux. Le communiqué d’Oussama Ben Laden de février 1998, annonçant la création officielle d’Al-Qaïda, devrait servir de référence en la matière. Le chef d’Al-Qaïda avait en effet rappelé que les Occidentaux sont craintifs, qu’ils redoutent le combat, et qu’ils dégarnissent le front au premier coup de feu comme des lapins. Ben Laden avait donné l’exemple de la fuite américaine du Liban et de la Somalie dans les années 1980 et 1990. Ce qui a permis aux kamikazes d’Al-Qaïda d’oser s’attaquer directement au territoire américain ce fameux 11 septembre 2001.

Aujourd’hui, l’Occident doit redouter une réaction à la fuite d’Irak. Nous ignorons la forme que cette réaction pourrait prendre. Mais ce qui est certain, c’est que les islamistes radicaux profiteront de la brèche pour accentuer leur pression sur l’Occident. La multiplication des appels au djihad planétaire sur Internet réconforte cette hypothèse. Cependant, pour atteindre les Etats-Unis, les islamistes seront obligés de passer par l’Europe, où leur infiltration n’est plus à démontrer. Les ondes de choc des élections américaines se transforment ainsi en tsunami européen. C’est tout l’Occident qui est en péril.