L’imam Adnan Ibrahim est d’origine palestinienne, né à Gaza en 1966. Il a étudié la médecine en ex-Yougoslavie avant de rejoindre l’Autriche au début des années 1990, pour y poursuivre ses études. Parallèlement, il a obtenu un diplôme en études islamiques de l’université Al-Ouzaï (Liban) avec mention honorable. Marié à une palestinienne et père de six enfants, Adnan Ibrahim est détenteur de la nationalité autrichienne. Il est l’imam et le prêcheur de la mosquée « Echoura » à Vienne. En 2000, il a fondé l’association « Rencontre des civilisations » qu’il préside. Mais son statut ne l’a pas empêché de publier plusieurs études « discriminatoires » sur son site internet, prodiguant ses précieux conseils à la communauté musulmane vivant en Autriche, forte de 400.000 individus. Parmi les griefs retenus contre lui, ses mises en garde contre les mariages des musulmans avec les filles du Livre, notamment dans « Dar Al Harb » (Dar Al Harb est un terme islamique désignant la terre à conquérir, ou les pays non islamiques).
Le quotidien « Al Seyassah », qui s’attarde sur ce cas dans son édition du 05 janvier, souligne que « le parquet a reçu une plainte anonyme, accusant Ibrahim d’endoctriner les jeunes, de les mobiliser contre les institutions autrichiennes ». Le quotidien koweïtien ajoute que « le bureau fédéral de protection de la constitution examine la plainte ».
« Al Seyassah » cite par ailleurs une journaliste autrichienne d’origine palestinienne, Nadia Alyouni, selon laquelle « Adnan Ibrahim est l’un des imams les plus radicaux de Vienne. Ses prêches sont politiques, et appellent aux takfir (le takfir c’est le fait de qualifier l’Autre d’impie – kafer) ». Alyouni ajoute que l’imam radical a plusieurs travaux relatifs aux mariages mixtes qu’il prohibe car, selon lui, « cette mixité diffuse le poison dans les veines des générations futures (musulmanes) et trahi les ancêtres qui ont conquis l’Europe, et qui prenaient les femmes du Livre comme domestiques et non comme épouses ». Dans l’un de ses textes, Adnan Ibrahim suggère à « ceux qui sont obligés d’épouser des chrétiennes ou des juives (pour des raisons administratives : séjour, nationalité…) de ne pas procréer avec elles… ».
L’extrémisme de cet imam a poussé certains musulmans à se mobiliser contre ses idées radicales, notamment celles qui considèrent l’Autriche dont il porte la nationalité de « Dar Al Harb ». Ils craignent pour leur intégration dans la société autrichienne et dénoncent ses appels répétitifs pour le jihad en Irak, et en Tchétchénie ainsi que son soutien au Hezbollah libanais. Ses détracteurs affirment que les prêches djihadistes ne sont pas dignes de l’homme religieux et du membre du conseil consultatif musulman en Autriche qu’il est.
Une journaliste autrichienne interrogée par « alarabiya.net », a affirmé que les poursuites judiciaires engagées contre Adnan Ibrahim doivent se poursuivre et aboutir. Ses détracteurs réclament aussi son limogeage de son poste de conseiller du gouvernement pour les affaires islamiques, et regrettent qu’un « professeur à l’académie islamique, sensé enseigner le pardon à la jeunesse musulmane et l’aider à s’intégrer dans la société autrichienne, verse dans l’apologie de la haine. Il est dangereux de le laisser inculquer à ses disciples les idées les plus extrémistes, d’autant plus que l’académie islamique bénéficie d’une subvention du gouvernement autrichien de l’ordre de 18 millions d’euros par an ».
Traduit de l’arabe par Chawki Freïha

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