Le point de vue de Khaled Asmar

Le masochisme occidental face au chiisme oriental

L’Occident joue son avenir en s’accommodant du bellicisme syro-iranien

samedi 28 octobre 2006 - 23h44, par Mediarabe.info

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La région vit sur un volcan qui entrera en irruption dès que ses commandes basées à Damas et à Téhéran seront activées. La Syrie et l’Iran renforcent leur alliance stratégique. L’Iran verse 10.000 dollars à chaque famille syrienne qui se convertit au chiisme. L’arc chiite prend forme.

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Le ministre iranien des Affaires étrangères, Manouchahr Muttaki, a effectué une visite surprise à Damas, ce 28 octobre, pour remettre un message du président Mahmoud Ahmadi-Nedjad au président Bachar Assad. Les deux pays accélèrent le renforcement de leur alliance stratégique et coordonnent leurs actions en Irak, au Liban et dans les Territoires palestiniens, pour empêcher toute stabilisation de la région et pour mettre en place le dispositif de défense de l’Arc Chiite qui s’étend désormais de Téhéran jusqu’à Gaza, en passant par Bagdad, Damas, et la Banlieue sud de Beyrouth. Les conversions au chiisme se multiplient en Syrie, au point que les oulémas saoudiens ont tiré la sonnette d’alarme, et mis en garde l’Iran contre la poursuite de son "infiltration" du monde sunnnite.

Le bourbier irakien inquiète les monarchies du Golfe

Sept islamistes liés à Al-Qaïda, emprisonnés à Malz, au centre de Riyad en Arabie saoudite, avaient fui leur prison le 7 juillet dernier. Introuvables depuis plus de trois mois, cinq d’entre eux viennent de réapparaître en Irak, devenu le trou noir qui aspire tous les moudjahidin, y compris des "Européens". Activement recherchés depuis leur fuite, les six saoudiens et un complice yéménite étaient introuvables. Les autorités avaient démenti toute complicité des forces de l’ordre chargées de la surveillance de cette prison de haute sécurité dans la fuite des sept terroristes. Les islamistes saoudiens avaient accusé le ministère de l’Intérieur d’avoir "torturé" les prisonniers et de les avoir assassinés. Selon eux, l’annonce de la fuite servait les autorités à cacher la vérité, ne pouvant pas remettre des corps portant des traces de torture à leur famille.

Or, leur réapparition en Irak, où ils ont rejoint les rangs d’Al-Qaïda, inquiète Riyad. L’Arabie redoute les retombées qu’elle peut subir du chaos qui s’installe en Irak. Car, d’une part, une stabilisation de la situation dans ce pays, dans sa configuration actuelle donnant la haute main aux Chiites, alliés de l’Iran, aura des conséquences graves sur les Chiites saoudiens et provoquera leur réveil et leur soulèvement contre l’exclusion dont ils sont victimes dans le royaume wahhabite. Mais, de l’autre côté, une victoire sunnite en Irak que pourrait réaliser Al-Qaïda signifie que le royaume des Saoud sera à portée de main de Ben Laden.

L’Arabie est de ce fait contrainte au grand écart : elle est tiraillée entre sa "mission islamique historique" au service des Sunnites, et sa méfiance quant au succès des plus radicaux parmi eux en Irak. Ne pouvant agir sur le terrain, Riyad a préféré édifier une clôture électronique à sa frontière avec l’Irak, investissant plusieurs milliards de dollars, pour empêcher toute infiltration dans un sens ou dans l’autre.

Le terrorisme, une vieille pratique syrienne

Or, il est communément admis que les terroristes rejoignent l’Irak en transitant par la Syrie, sous la bienveillance des Services syriens. Damas cherchant à enliser les Américains dans le marécage irakien pour empêcher Washington de sanctionner et de renverser son régime, pour avoir érigé le terrorisme en mode de gouvernance.

Une course est ainsi engagée entre "l’axe terroriste" composé d’Al-Qaïda, de l’Iran et de la Syrie d’une part, et le reste du monde d’autre part. Téhéran, l’allié conjoncturelle d’Al-Qaïda, s’en sert pour occuper les Américains en Irak et les empêcher de mener une quelconque opération militaire contre ses installations nucléaires. Aussi, la Syrie se sert d’Al-Qaïda pour punir l’Arabie, la Jordanie et l’Egypte, qui ont "osé critiquer" le Hezbollah et son aventure de cet été. Ce qui explique, en partie, les violents accrochages qui se sont déroulés ce 28 octobre entre l’armée irakienne et des groupes terroristes dans le sud du pays, à proximité de la frontière saoudienne, au point de passage de "Arar". Sans doute une tentative d’infiltration en Arabie était en préparation, d’autant plus que les autorités sont placées en état d’alerte, notamment dans les régions pétrolifères. Les Etats-Unis ont renforcé le déploiement maritime au large du terminal de Ras-Tanoura, pour faire face à toute tentative d’incursion terroriste et protéger les approvisionnements énergétiques.

Damas cherche aussi à généraliser le chaos en Irak, pour proposer ensuite ses services à Washington. La stratégie syrienne vise à harceler les Américains et à les embourber en Irak, avant de venir les aider à stabiliser la situation. La contrepartie demandée par Damas est l’abandon du Tribunal international dans l’assassinat de Rafic Hariri, et sa mainmise sur le Liban. Ce qui explique que plus l’enquête internationale menée par le magistrat belge Serge Brammertz progresse, et plus l’échéance du tribunal international approche, plus la violence redouble d’intensité en Irak. Depuis début octobre, le Pentagone a reconnu 102 morts dans les rangs de son armée. Ce bilan ne comprend cependant pas les victimes du bombardement de la base "Al Sakr" à Bagdad, le 10 octobre. Ce bombardement aux armes lourdes, semblables à celles utilisées par le Hezbollah contre Israël, à entièrement détruit les plus importants entrepôts d’armes et de munitions américains en Irak, provoquant des dégâts considérables. Washington avait reconnu des dégâts matériels importants mais démenti l’existence de victimes. Mais le site américain « TBR News » a publié une liste de plus de 300 militaires (avec leur grade) morts dans ce bombardement.

La région vit sur un volcan

Les jours qui séparent l’administration américaine des élections de mi-mandat seront, de ce point de vue, particulièrement meurtriers pour ses soldats en Irak, comme le seront aussi, mais cette fois pour le Liban, les semaines et les mois qui nous séparent de la constitution du Tribunal international. Damas fera tout pour empêcher sa constitution, notamment en tentant de renverser le gouvernement libanais. Des menaces sérieuses planent sur les dirigeants de la majorité de l’Alliance du 14 mars.

La région traverse une période déterminante de son histoire et vit sur un véritable volcan, qui entrera en irruption quand ses commandes, basées à Damas et à Téhéran, seront activées. Mais le monde libre semble prendre du plaisir à se laisser berner indéfiniment. De peur que la chute des régimes syrien et iranien ne favorise le chaos, on maintient en place deux régimes dictatoriaux qui ont fait du bellicisme leur raison d’être et du chaos leur ligne de défense. A en croire que l’Occident est devenu masochiste !