L’analyse de Stefano B. C.

Liban-Syrie : le comportement du Hezbollah confirme notre analyse de "l’affaire Ersal"

L’Armée Syrienne Libre met ses menaces à exécution et bombarde des positions à Hermel

jeudi 21 février 2013 - 23h13, par Stefano B.C.

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A l’expiration de son ultimatum, donnant au Hezbollah 48 heures pour cesser ses ingérences et incursions en Syrie, l’Armée Syrienne Libre a bombardé ce jeudi des positions du parti de Dieu, dans la région de Homs, ainsi que dans le nord de la Bekaa (Hermel). Le Hezbollah aurait décrété la mobilisation et massé des milliers de combattants. Cette évolution confirme notre analyse : le parti a impliqué l’armée libanaise à Ersal pour isoler cette ville et avoir le champ libre pour intervenir en Syrie en toute quiétude.

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Dans nos analyses du 1er février dernier consacrée à l’embuscade imaginaire à Ersal, et dans notre analyse du 18 février, nous avions mis en garde contre ce qui se préparait pour Ersal. Le correspondant du site « Middle East Transparent » dans la Bekaa libanaise, Haydar Toufaïly, a repris dans la soirée du mercredi 20 février la même lecture, affirmant que « le Hezbollah prépare la mère des batailles contre les rebelles syriens, dans les régions d’Al-Qussayr et de Homs, en Syrie, pour le compte du régime de Bachar Al-Assad ». Selon les habitants de la région frontalière, cités par la même source, le parti de Hassan Nasrallah, et les Gardiens de la Révolution iranienne, ont massé leurs combattants, batteries d’artillerie et lanceurs de missiles dans plusieurs localités libanaises. L’agence de presse turque Anatolie affirme quant à elle que le Hezbollah a décrété la mobilisation y compris dans des villages syriens chiites, prétendant que les habitants sont d’origine libanaise qu’il veut défendre.

Le site « Middle East Transparent » estime, dans son analyse, qu’a posteriori, « les observateurs découvrent sans peine que les accrochages qui ont eu lieu à Ersal, le 1er février, étaient prémédités par le Hezbollah. Son objectif était d’isoler cette ville, bastion sunnite proche de la révolution syrienne ». La campagne médiatique menée pendant plusieurs jours par le parti chiite et le Courant Patriotique Libre notamment, a réussi à « pousser l’armée libanaise à encercler Ersal, laissant au Hezbollah et aux Pasdaran le champ libre pour accélérer et multiplier leurs incursions en Syrie ».

La propagande du régime syrien, relayée par le Hezbollah et leurs alliés, affirme que « les combats qui se sont déroulés dans la région d’Al-Qussayr ont opposé des citoyens syriens chiites à des terroristes de Jabhat Al-Nosra ». Mais le diplomate syrien qui a fait défection, Khaled Al-Ayyoubi, affirme que « des facions djihadistes existent bel et bien en Syrie, mais elles ne représentent qu’une infime partie des révolutionnaires ». En connaissance de cause, ayant servi le régime et ses intérêts, et l’ayant côtoyé de très près, Al-Ayyoubi ajoute que « la plus importante faction djihadiste est Jabhat Al-Nosra, qui n’est qu’une création du régime qui lui permet de revendiquer des attentats commis par ses services ». Et ce, afin de justifier la répression au nom de la lutte contre le terrorisme. Selon Al-Ayyoubi, « le Hezbollah recourt aux mêmes méthodes, affirmant lutter contre Al-Qaïda à Homs afin de justifier ses incursions et son implications auprès du régime. Son objectif est de maintenir la continuité territoriale entre Damas et la côte syrienne, appelée à devenir un réduit alaouite, et entre ce territoire et la Bekaa, fief du Hezbollah ».

L’armée Syrienne Libre affirme avoir bombardé des positions du Hezbollah, et assure que ses unités actives dans la zone sont issues des brigades Al-Farouk. Jabhat AL-Nosra n’y a aucune présence. Les prochains jours dévoileront la réalité de l’ingérence du Hezbollah, des Iraniens et des Irakiens en Syrie.

Les Libanais s’interrogent de plus en plus s’ils doivent se réjouir que le Hezbollah se soit dévoilé et que son embourbement en Syrie l’affaiblisse, ou si, au contraire, ils doivent craindre que le conflit s’élargisse et s’étende ? Certains s’interrogent aussi si une action judiciaire est possible pour haute trahison, que ce soit à l’encontre d’un parti qui s’est révélé davantage syro-iranien que libanais, ou contre des responsables politiques ou militaires qui ont impliqué l’armée à Ersal et couvert le Hezbollah ?

Stefano B. C.