L’analyse de Stefano B. C. (Rome)

Après son échec dans l’assassinat du Patriarche maronite au Liban, le régime syrien vise le nonce apostolique pour attribuer son assassinat aux "groupes terroristes"

Les déclarations du cardinal Mario Zenari irritent le régime de Bachar Al-Assad

mardi 19 février 2013 - 12h32, par Stefano B.C.

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L’été dernier, les forces de sécurité libanaises ont déjoué le plan terroriste de Michel Samaha, qui prévoyait des attentats contre des religieux, y compris le Patriarche maronite Béchara Raï lors de sa visite dans le Akkar. En attribuant ces attentats à Al-Qaïda, le régime syrien comptait sur les médias alliés du Hezbollah et du général Michel Aoun, pour retourner la situation en sa faveur. Aujourd’hui, il récidive contre le nonce apostolique à Damas.

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L’arrestation en août dernier de Michel Samaha, et les inculpations qui en ont découlé (mandat contre notamment le général Ali Mamlouk), ont coûté la vie au général libanais Wissam Al-Hassan, responsable des services de renseignement des Forces de sécurité intérieures (FSI), tué dans un attentat à Achrafieh, à Beyrouth, en octobre dernier. Al-Hassan avait en effet réussi à déjouer le plan terroriste prévu par le régime syrien contre des religieux libanais, un plan préparé par Samaha-Mamlouk pour être attribué aux révolutionnaires syriens et/ou à Al-Qaïda (Jabhat Al-Nosra) afin de les diaboliser et retourner l’opinion publique en faveur du régime. Assad se plait à se présenter comme « le rempart contre les terroristes radicaux », profitant du masochisme occidental qui continue à le croire en dépit de son implication avérée dans le terrorisme en Irak, au Liban, en Turquie et ailleurs.

Après son échec retentissant au Liban, Damas prévoit à présent d’assassiner le nonce apostolique, le cardinal Mario Zenari, toujours dans la même optique. D’autant plus que les déclarations de Zenari ont irrité le régime syrien. La semaine dernière, le représentant du Saint Siège en Syrie a déclaré, sur Radio Vatican : « Nous marchons dans le sang des victimes et on a l’impression que la communauté internationale s’en lave les mains ». Il a lancé un appel au secours et une sévère critique contre l’inaction de la communauté internationale. Selon le religieux, « la communauté internationale regarde la Syrie qui tombe en ruines, sans savoir que faire. Le nombre de victimes est vraiment impressionnant. On a l’impression de marcher dans le sang de ces victimes de la violence ».

Les critiques de Zenari à l’encontre de la communauté internationale, accusée d’inaction en Syrie, sont considérées par Damas comme un appel à agir. Or, toute action signifie la fin du régime qui, depuis bientôt deux ans, a bénéficié du silence complice d’un Occident qui multiplie les déclarations mais sans jamais les mettre en application. Le régime a profité de ce silence pour poursuivre le massacre et diaboliser les révolutionnaires. Pour y parvenir, il a libéré plusieurs terroristes notoires, arrêtés par les Américains en Afghanistan et au Pakistan, et emprisonnés en Syrie dans le cadre des « prisons secrètes de la CIA » qui sous-traitait la torture ! Grâce à ces terroristes, Assad a accéléré la radicalisation du soulèvement pour se présenter comme « l’allié de l’Occident dans ce combat contre le terrorisme ».

Aujourd’hui, le site bien informé « Elaph.com » révèle que « le régime a mis au point un plan visant à assassiner le nonce apostolique. Le général Jamil Hassan, chef des renseignements de l’armée de l’air, a rencontré le mufti de Syrie, Ahmed Hassoun, et plusieurs oulémas du palais. Ils ont examiné les moyens d’exploiter au mieux les propos de Zenari. Jamil Hassan a demandé des renseignements sur l’itinéraire et l’horaire du prochain voyage de Zenari au Liban ». Selon « Elaph.com », le régime envisage de l’assassiner pendant son déplacement, pour attribuer le crime aux révolutionnaires, comme ce fut le cas la semaine dernière avec le général iranien Hassan Shateri, et tenter de retourner l’opinion publique en sa faveur. Désormais, l’opinion publique est prévenue.

Stafano B. C.