Menaces sur le Liban

L’appel au dialogue lancé par Nabih Berri, un piège redoutable

La Syrie tente de reprendre l’initiative

vendredi 27 octobre 2006 - 13h56, par Mediarabe.info

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Après l’échec du dialogue inter-libanais (mars-juin 2006) à sortir le pays de l’impasse, le président du Parlement a appelé à un nouveau round de 15 jours maximum, avec un ordre de jour restreint. Un piège redoutable pour l’Alliance du 14 mars. Explications

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Le président du Parlement libanais, Nabih Berri, a appelé les dirigeants libanais à un nouveau round de dialogue, à partir du 30 octobre et pour une durée maximale de 15 jours. Berri, également chef du mouvement chiite Amal, a fixé l’ordre du jour de ce dialogue que, pourtant, les différentes étapes tenues entre mars et juin derniers ont prouvé la stérilité. Et pour cause, les alliés de la Syrie ont exploité ce "dialogue de sourds" pour évacuer les dossiers qui fâchent le régime de Damas, à savoir le désarmement du Hezbollah, la démission du président Lahoud dont le mandat avait été prorogé sous la pression syrienne en novembre 2004. Son maintien anticonstitutionnel à la tête de l’Etat est, du point de vue syrien, indispensable pour bloquer toutes les décisions souverainistes que le gouvernement libanais peut prendre, notamment concernant le Tribunal international qui devra juger les assassins de l’ancien premier ministre Rafic Hariri…

Au cours du dialogue stérile du printemps dernier, le Hezbollah et ses alliés, Berri et le général Michel Aoun - désormais une pièce maîtresse du dispositif syrien au Liban - ont rejeté toute perspective de désarmer la milice chiite. Celle-ci a mené l’opération du 12 juillet contre une patrouille israélienne dans l’objectif "d’aspirer Israël dans le marécage libanais", une façon de prouver l’utilité de ses armes pour la "défense du pays". Mais les 34 jours d’intenses bombardements israéliens ont considérablement affaibli le parti de Dieu, en dépit de la campagne mensongère qui a suivi le cessez-le-feu du 14 août. Le Hezbollah ne cesse en effet de marteler sa "victoire divine et historique", obtenue au prix de la mort de 1500 libanais, de l’exode de centaines de milliers d’autres, et de la destruction du pays. Hassan Nasrallah et ses commanditaires syriens et iraniens s’inquiètent en effet que l’affaiblissement de la milice ne se répercute sur l’équilibre au sein même de la communauté chiite, avec le risque de voir Nabih Berri s’émanciper et rejoindre la majorité anti-syrienne, sous la pression de l’opinion publique.

Au cours des derniers mois, la tension n’a cessé d’augmenter entre les deux camps, menaçant d’une implosion à la moindre étincelle. La minorité pro-syrienne, sommée par Damas et Téhéran de renverser le gouvernement de Fouad Siniora avant que le Tribunal international ne voit le jour, menace de recourir à la rue. La Syrie et l’Iran sont en effet pressés de "court-circuiter" la justice internationale. Le chef des services de renseignement iraniens a effectué récemment une visite secrète à Damas où il a menacé de couper les aides aux Hezbollah et autres organisations terroristes palestiniennes au Liban s’ils ne parvenaient pas à renverser le gouvernement dans les plus brefs délais. Le régime syrien a transmis ces menaces à ses agents libanais pour reprendre l’initiative. Berri, qui tente de s’émanciper de la tutelle syrienne, et de sortir la communauté chiite de l’impasse dans lequel l’a conduite le Hezbollah, avait promis aux Libanais un "cadeau" à l’occasion de Aïd El-Fitr. Cette perspective a vivement inquiété la Syrie qui a rappelé Berri à l’ordre.

En effet, dans la nuit du 23 au 24 octobre, une bombe a explosé dans un terrain vague jouxtant la station d’alimentation électrique de la résidence de Berri, à Aïn-Tini, sans faire de victime. L’intéressé a vite compris le message et adapté son "cadeau" qu’il devait présenter aux Libanais trois heures plus tard. La lueur d’espoir a ainsi été vite dissipée quand le président du Parlement a invité l’ensemble des dirigeants libanais à un dialogue de 15 jours, à partir du 30 octobre, en en fixant un ordre du jour particulièrement restreint. La table ronde sera ainsi consacrée à l’élargissement du gouvernement et à la loi électorale. Ce faisant, Berri a rejoint l’axe Assad-Lahoud-Aoun-Nasrallah en évacuant la question de la présidence de la République et celle du désarmement des milices.

L’Alliance du 14 mars se retrouve ainsi dans un véritable piège redoutable. Si elle rejette l’invitation, elle portera la responsabilité de ce qui peut en découler. Si elle rejoint la table du dialogue, avec l’ordre du jour imposé, elle perdra tous ses acquis. Car l’élargissement du gouvernement est une revendication du Hezbollah et de son allié Aoun, qui leur permettra de détenir le tiers de blocage au sein de l’exécutif. Ce qui signifie de facto que la constitution du Tribunal internationale s’arrêtera aux portes de Beyrouth et sauvera Damas. Quant à la modification de la loi électorale, proposée par Berri, elle vise à précipiter les élections législatives, en vue d’élire à la présidence de la République l’homme voulu par Damas. L’Alliance du 14 mars est consciente de la délicatesse de la situation, et se donne quelques jours de réflexion pour accepter ou rejeter l’offre de Berri. Le Liban retient son souffle.