Le point de vue de Dario S. (Mediarabe.info)

La seule promesse tenue par Bachar Al-Assad, ses alliés et ses protégés : mettre la région à feu et à sang. L’Irak, la Turquie et Israël sont les premières cibles

Le Liban et le Golfe retiennent leur souffle

jeudi 18 août 2011 - 22h41, par Dario S. (Rome)

Logo MédiArabe.Info

En avril 2007, Bachar Al-Assad avait prévenu le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-Moon, reçu à Damas, que la Syrie mettrait la région à feu et à sang si la communauté internationale s’en prenait à son régime, ou si elle se sentait menacée par la justice internationale dans l’assassinat de Rafic Hariri. Depuis le début du soulèvement populaire syrien, les attaques terroristes se multiplient. Y a-t-il un lien de cause à effet ?

Tip A Friend  Envoyer par email | impression Imprimer cet article

Bachar Al-Assad multiplie les promesses à son peuple et à la communauté internationale : accélération des réformes, démocratisation et respect des libertés, arrêt de la répression et retour de l’armée aux casernes. Mais sur le terrain, aucun de ces engagements pris n’a été constaté. Bien au contraire, la liste des victimes de la répression s’allonge, avec une moyenne de 20 morts par jour. Ce qui justifie la saisine de la Cour pénale internationale pour crimes contre l’humanité.

Déjà, sous les pressions françaises notamment, Assad avait promis de reconnaître la souveraineté du Liban, d’échanger des ambassades avec Beyrouth, de délimiter les frontières et de respecter les résolutions internationales relatives à l’arrêt des trafics d’armes en directions des milices et autres groupes terroristes, comme les organisations palestiniennes et le Hezbollah. De toutes ces promesses, seule l’ouverture d’une ambassade à Beyrouth a été réalisée, une manœuvre pour remplacer, légalement, l’occupation.

Mais de toutes les promesses syriennes, la plus importante a être tenue est celle qui fut faite à Ban Ki-Moon, le 24 avril 2007, quand Bachar Al-Assad avait prévenu le secrétaire général des Nations Unies qu’il mettrait la région à feu et à sang (Pour rappel, cliquez-ici pour lire ou relire le compte-rendu de la rencontre Assad- Ban Ki-Moon)

En effet, à travers ses alliés et ses protégés, la Syrie semble avoir mis ses menaces à exécutions. Depuis le début de la contestation à Deraa, le 15 mars dernier, les Palestiniens proches de Damas ont multiplié les provocations pour pousser Israël à se lancer dans une nouvelle guerre susceptible de détourner l’attention et de permettre à Assad d’achever son peuple. Ainsi, des dizaines de missiles ont été lancées sur Beer-Sheva, dans le Neguev, pendant des semaines depuis le 17 mars ; un attentat suicide a frappé Jérusalem, fin mars ; un projectile antichar a visé un bus scolaire à Ashkelon, début avril ; des Palestiniens de Syrie, acheminés par le régime, ont franchi la zone démilitarisée dans le Golan, en juin...). Faisant part d’une grande retenue, et refusant de jouer le jeu syrien, l’Etat hébreu a rendu furieux le régime syrien, au point que le cousin d’Assad, Rami Makhlouf, ose lier la sécurité d’Israël à la stabilité de la Syrie. Selon plusieurs activistes syriens, « les propos de Makhlouf ont nui au régime syrien ». Car, estiment-ils - à tort ou à raison - que « le financier du clan Assad a indirectement confirmé la complicité qui a toujours existé entre Damas et Tel-Aviv... ». Ses déclarations à la presse américaine n’étaient en fait, selon les opposants syriens, qu’« une façon à peine détournée d’appeler les Israéliens au secours du clan Assad, moyennant la perpétuation du calme au Golan ».

L’échec de la tentative de Makhlouf semble avoir obligé Assad à changer de stratégie. Désormais, il vaut que toute la région sombre avec son régime. Ce qui explique la multiplication des attentats contre l’armée turque menées par le PKK, que Damas exploite pour neutraliser Ankara. Les attaques coordonnées en Irak, qui frappent simultanément une quinzaine de villes et font plus de 70 morts et 300 blessés en quelques minutes, seraient aussi l’œuvre de services étatiques, selon des experts irakiens. Selon le quotidien « Asharq Al Awsat », « Al-Qaïda n’aurait pas les moyens de réaliser des attaques de cette ampleur, même si l’envie ne lui manque pas ».

La conclusion du quotidien « Asharq Al Awsat » pourrait également s’appliquer aux attaques menées ce jeudi à Eilat, tuant sept Israéliens. Car, selon plusieurs observateurs, « les terroristes n’auraient pu mener leur attaques coordonnées sans le soutien logistique de services étatiques ». Or, le Caire, qui a démenti que l’attaque ait été menée depuis le territoire égyptien, mène une vaste opération contre les terroristes dans le Sinaï et renforce son dispositif sécuritaire et militaire dans la presqu’île. Les forces de l’ordre ont arrêté quatre terroristes ces dernières heures, qui planifiaient le sabotage du gazoduc desservant l’Etat hébreu. Ce qui exclut logiquement une complicité égyptienne dans l’attaque d’Eilat. Rappelons aussi que l’Egypte a annoncé, le 17 août, l’arrestation de Massaad Abdelrahim Charif, membre de la fameuse cellule du Hezbollah condamné à 10 ans d’emprisonnement, et qui s’était échappé de sa prison en compagnie de ses complices lors de la révolution contre Hosni Moubarak.

Au moment où Israël ripostait contre Gaza, ce jeudi soir, faisant au moins six morts, le Hamas palestinien a démenti toute implication dans les attaques au bord de la Mer rouge. Selon un porte-parole du mouvement islamiste, « Gaza n’a rien à voir avec les événements », sans pour autant les condamner.

Dans ces conditions, et au moment où la Maison Blanche annonçait le renforcement des sanctions contre le régime syrien, et invitait Assad à démissionner, et au moment où la France, l’Allemagne, la Grande-Bretagne et le Canada notamment, pressent Assad à quitter le pouvoir, les forts soupçons qui planent sur la Syrie dans les attaques d’Eilat deviennent plausibles. Directement, ou par l’intermédiaire de l’Iran, du Hezbollah, d’Al-Qaïda ou des organisations palestiniennes (FPLP, Jihad islamique, Comités populaires...), la Syrie aurait réédité en Israël l’expérience irakienne, déjà rodée au Liban durant trois décennies. Jamais le régime syrien n’a autant usé de son terrorisme d’Etat, et menace actuellement le Liban et les monarchies du Golfe. Le premier pour le sanctionner d’avoir revendiqué sa liberté et réclamé une justice internationale qui resserre son étau sur le Hezbollah et ses commanditaires ; les seconds pour avoir autorisé leurs médias à couvrir l’intifada des Syriens. Particulièrement, l’Arabie saoudite est dans le collimateur de l’axe syro-iranien depuis que le Roi Abdallah ait appelé, la semaine dernière, le président Assad à cesser la répression.

Ainsi, l’unique promesse prise par Assad, en onze ans de pouvoir, et qui est respectée - parmi tant d’autres oubliées - est celle qui répand le chaos dans la région. Damas a toujours affirmé détenir les clés des solutions dans la région, reconnaissant de facto qu’il provoque sciemment les crises pour proposer ses services ! Il était donc temps que la communauté internationale mette un terme à ce chantage et qu’elle arrête de caresser la bête dans le sens du poil pour éviter ses griffes. Avant que le peuple syrien n’en paie le prix, ces six derniers mois, le monde libre a déjà payé très cher sa complaisance avec le Baas syrien : au Liban depuis 1976, et en Irak depuis 2003 particulièrement.

Dario S.