Point de vue de Mediarabe.info

L’Iran renforce son influence régionale au détriment des pays arabes du Golfe

En Syrie, en Irak, au Liban et à Bahreïn, Téhéran marque des points face aux Sunnites

lundi 18 juillet 2011 - 13h16, par Mediarabe.info - Roma

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Les Gardiens de la Révolution iranienne mènent, depuis samedi, une opération militaire en territoire irakien pour contrôler trois camps des activistes kurdes iraniens du mouvement PJAK. Téhéran aide également la Syrie au niveau humain et financier pour maintenir Assad au pouvoir. A Bahreïn, les opposants chiites pro-iraniens quittent le dialogue national. La guerre entre Perses Chiites et Arabes Sunnites se poursuit et la ligne de front s’élargit.

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Selon le commandant des Gardiens de la Révolution iranienne dans la région de Sardasht, l’opération menée en territoire irakien, depuis samedi, a permis aux Iraniens de contrôler trois camps du mouvement rebelle kurde iranien PJAK situés dans le Kurdistan irakien. L’opération n’a suscité aucune réaction officielle irakienne, ni régionale ou internationale, confirmant que l’Irak se transforme, peu à peu, en une zone d’influence exclusivement iranienne.

La République islamique renforce également son influence en Syrie, avec les aides directes et indirectes apportées au régime de Bachar Al-Assad, pour lui permettre de résister face à l’intifada de la rue syrienne, de plus en plus imposante.

L’implication directe de l’Iran en Syrie se compose de trois volets : la présence de Pasdarans en Syrie, qui contribuent à la répression ; la fourniture de matériel d’écoute pour localiser, identifier et arrêter les cyber-activistes à travers la surveillance des réseaux internet et de téléphonie mobile ; le versement d’argent frais (5,8 milliards de dollars) décidé par le Guide de la Révolution, Ali Khameneï, pour soutenir Assad et lui permettre de verser les salaires et faire face à l’asphyxie économique du pays.

L’aide indirecte consiste à autoriser le Hezbollah libanais à fournir au régime des combattants pour réprimer les opposants (la présence de dizaines de drapeaux du parti de Dieu à la commémoration du 11ème anniversaire d’Assad à la tête du pays le prouve) ; les pressions sur les Kurdes irakiens afin de convaincre les Kurdes de Syrie d’observer la neutralité dans le conflit ; des pressions sur la Turquie pour aider Assad à se maintenir en place, moyennant des réformes de façade...

En effet, des sources kurdes syriennes, citées par le quotidien « Asharq Al Awsat », affirment que les Turcs deviennent à présent une menace pour la révolution syrienne. Ils tentent de sauver Assad en cautionnant la formation d’un gouvernement de transition comprenant des islamistes des Frères musulmans, et certains opposants opportunistes. L’attitude d’Ankara, survenue après la visite de son ministre des Affaires étrangères Ahmet Davutoğlu à Téhéran, explique le changement de ton des Etats-Unis, ajoutent d’autres sources. Pour Washington, « aucune solution au conflit en Syrie ne peut venir de l’étranger. C’est le peuple syrien qui doit décider de son avenir ».

Sur le front bahreïni, les protégés de Téhéran (le mouvement chiite « Al Wifak ») a annoncé son retrait de la table de dialogue, qui a réuni son deuxième round samedi dernier. L’échec du dialogue à Bahreïn relancerait le cycle manifestation-répression et déstabiliserait la monarchie, en prélude à la déstabilisation de l’ensemble de la région. Les monarchies sunnites du Golfe s’en inquiètent. Le politologue koweïtien Saleh Al-Saïdi a dénoncé hier, à travers la télévision « Al Arabiya », les positions molles des pays du Golfe par rapport à la Syrie. Pour lui, « en réussissant à maintenir Assad au pouvoir, l’Iran aura remporté une victoire stratégique sur les pays du Golfe ». Al-Saïdi a ajouté que « les monarchies du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) doivent prendre une décision stratégique et aider l’opposition syrienne », estimant que « le territoire syrien devient le théâtre de la confrontation arabo-perse (NDLR : arabo-turco-perse) ».

Rappelons que des Syriens employés de l’ambassade du Qatar à Damas ont annoncé la fermeture de la représentation diplomatique de Doha. Selon ces sources, « Doha a décidé de fermer son ambassade en Syrie, après l’agression dont elle a été victime lundi dernier » (NDLR : en même temps que les ambassades française et américaine). Les opposants syriens qualifient la décision de Doha de courageuse et espèrent que d’autres pays, arabes et occidentaux, en fassent de même pour accentuer l’isolement du régime et ne pas être des témoins complices du massacre.

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