Contre la barbarie

Le soutien à Robert Redeker doit être sans réserve

une pétition initiée par "Tous ensemble"

jeudi 26 octobre 2006 - 11h20, par Chawki Freïha - Beyrouth

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Depuis la publication d’une chronique dans Le Figaro du 19 septembre, le philosophe Robert Redeker a reçu des menaces et vit caché. Une campgne de solidarité est menée, mais aussi pour défendre la liberté d’expression. Voici la pétition et la liste des premiers signataires.

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Dimanche 1 octobre 2006

Le 20 septembre dernier, le cheikh islamiste Youssef al-Qaradawi livrait Robert Redeker à la vindicte des fous de dieu. Désigné comme islamophobe pour s’être demandé, dans une tribune du Figaro (édition du 19 septembre), [PS : pour lire la chronique de Robert Redeker, cliquez ici ] ce que doit faire le monde libre face aux intimidations islamistes, Robert Redeker est aujourd’hui menacé de mort. Victime d’une fatwa, il a été forcé, lui et sa famille, à la clandestinité. Contraint de se mettre sous la protection de la DST, de quitter sa fonction de professeur de philosophie, de changer de résidence tous les deux jours, de faire face aux frais que cette situation peut occasionner, Robert Redeker a vu son existence basculer, et vit désormais en homme traqué. Car telle est bien la sinistre réalité : du jour au lendemain, un homme se retrouve, de fait, déchu de son statut de citoyen et livré à l’état de nature. Voici un homme qui se trouve dans l’impossibilité de jouir des libertés les plus élémentaires -à commencer par celle de se déplacer. Voici un homme qui se trouve dans l’impossibilité de faire valoir ses droits, car à la barbarie, on ne peut opposer un droit quelconque. Voici un homme, enfin, qui se trouve rejeté de l’espace public et assigné à une existence de fantôme. Il faut, tout de même, se représenter l’effet exorbitant que produit cette fatwa : c’est toute une existence qui est brisée et qui bascule, de façon irréversible, dans la terreur. Etre victime d’une telle fatwa, c’est être un mort en sursis : cela signifie très exactement que la mort peut surgir n’importe quand, n’importe où, sous n’importe quel trait. Cela signifie très exactement que l’autre, celui qu’on croise dans la rue, celui qui sonne à la porte, celui qui passe en voiture, est un assassin potentiel. C’est à cette absolue précarité que se trouvent acculés Robert Redeker et sa famille. Pourquoi ? Pour avoir usé d’un droit constitutionnel, d’un droit pour lequel Spinoza, Locke, Voltaire, et bien d’autres encore, ont combattu, d’un droit que les révolutionnaires de 1789 ont conquis, d’un droit, enfin, que l’on croyait définitivement acquis : le droit de manifester sa pensée et ses opinions. L’affaire des caricatures de Mahomet, il y a tout juste un an, avait déjà sonné le tocsin. L’affaire Redeker nous rappelle aujourd’hui cette triste évidence : rien n’est jamais acquis. La barbarie n’a pas disparu. Sous la hideuse figure de l’intégrisme religieux, elle impose désormais, sur le sol de la République, le régime de la terreur, et menace la liberté d’expression.

C’est la raison pour laquelle nous tenons à apporter un soutien inconditionnel à Robert Redeker. Exprimer sur cette affaire la moindre réserve, c’est déjà faire une concession à la barbarie. Aussi dénonçons-nous cette rhétorique insidieuse qui consiste à assortir la condamnation de la fatwa dont est victime Robert Redeker d’un même si ou d’un bien que.

Nous dénonçons les propos de G. de Robien, ministre de l’éducation nationale, qui, au lieu de manifester son indignation face à la barbarie intégriste, a cru bon, après avoir mollement exprimé sa solidarité, de donner à Robert Redeker des leçons de bienséance. Nous dénonçons le discours quelque peu dévot de ceux qui soutiennent Robert Redeker du bout des lèvres, pour la forme, parce qu’il faut bien être démocrates, pour mieux se livrer ensuite à une analyse indécente de ses propos. Analyse indécente, en effet : n’est-il pas pour le moins déplacé de disserter, entre gens de bonne compagnie, sur l’article de Redeker quand celui-ci est, de fait, exclu de l’espace du dialogue et réduit au silence ? On ne sait que trop où conduit cette rhétorique insidieuse quand on la pousse jusqu’au bout de sa logique : on en arrive à excuser la barbarie ou, tout du moins, à comprendre l’incompréhensible, à savoir qu’un homme puisse mériter d’être condamné à mort pour avoir critiqué une religion.

Nous dénonçons, enfin, cette curieuse conception de la liberté d’expression qui tend à s’imposer aujourd’hui et qui devrait faire la joie des intégristes de tous poils : contrairement à ce que certains sont en train de faire accroire, la liberté d’expression ne s’arrête pas là où commence les opinions des autres. Car, à ce compte, on ne pourrait s’exprimer que sur des sujets absolument consensuels. La liberté d’expression, dans le cadre des lois interdisant les propos racistes et négationistes, ne saurait se réduire au droit de parler tant que l’autre est d’accord. La liberté d’expression, ne saurait se réduire au droit de tout dire sauf ce qui est susceptible de heurter l’opinion de l’autre, ou sa croyance, ou même sa foi, qui, dans le droit républicain, n’est qu’une des figures possibles de l’opinion. Face à certains commentaires, particulièrement nauséabonds, qui ont pu s’exprimer à propos de la situation de Robert Redeker, il paraît nécessaire de rappeler que le droit de critiquer une religion, un livre sacré, ou un prophète fait partie de la liberté d’expression, au même titre que le droit de critiquer une croyance, un livre, ou une personne quelconques. Appeler au respect des croyances de chacun est une façon d’inviter chacun à l’autocensure. Pire : c’est une façon de donner aux religions un statut particulier, d’en faire une chose intouchable et sacrée. C’est une façon de céder sur le principe de laïcité.

En signant cette pétition, nous souhaitons manifester à Robert Redeker et à sa famille un soutien sans réserve. Nous entendons aussi faire valoir le droit contre le fait, la justice contre l’arbitraire, la civilisation contre la force brutale. Il ne s’agit pas de jouer une civilisation contre une autre : il s’agit de faire valoir la civilisation - dont aucune culture en particulier n’a le monopole- c’est-à-dire les principes de liberté, de droit, et de justice contre la barbarie.

Premiers signataires :

Michel Onfray, philosophe, Corinne Lepage, présidente de Cap 21, Alain Finkielkraut, philosophe, Yvette Roudy, ancienne ministre, Bernard Teper, président de l’Ufal, Pierre-André Taguieff, philosophe, Michèle Tribalat, démographe, Alain Calles, ancien président du Mrap, Chahla Chafik, Sociologue et écrivain, Nicolas Gavrilenko, président des Amis de Respublica, Michèle Vianes, présidente de Regards de Femmes, Catherine Kintzler, philosophe, Mohamed Pascal Hilout, initiateur du nouvel Islam, Nadia Kurys, vice-présidente du Mrap, Jean-Claude Milner, philosophe et linguiste, Marie Perret, philosophe, Simon Blumental, président d’Algérie Ensemble, Anne Zelensky, présidente de la Ligue des Droits des Femmes, Antoine Peillon, président de France Radicale, Annie Sugier, présidente de la Ligue Internationale du Droit des Femmes, Catherine Kriegel, psychanalyste Paris, Alain Vincenot, écrivain, auteur de La France résistante, C.E.R.F (Cercle d’etude de reformes feministes), Martine Storti, Inspectrice générale de l’éducation nationale, Jean-Claude Santana, président de l’Ufal Rhône-Alpes, Robert Albarèdes, animateur de laïques en réseau, Catherine Deudon, photographe, Christian Gaudray, président de l’Ufal Gironde, Marc Knobel, président de j’Accuse, Brigitte Bré Bayle, enseignante, Ufal Marseille, Frédéric Dupin, professeur agrégé de philosophie, Jocelyne Clarke, enseignante, présidente de l’Ufal Paris, Emmanuel Itié, syndicaliste CGT, Virginie Hermant, agrégée de mathématiques, Jocelyn Bézecourt, site atheisme.org, Jean Loup Bidot, professeur de philosophie, Nancy, Hélène Lotthé, professeur agrégée ès Lettres, Thierry Kakouridis, professeur (Marseille), Sylvie Dinse, professeur de philosophie, Libre Pensée Aveyron, André Perrin, agrégé de Philosophie, Georges Torres, demandeur d’emploi, Marseille, Lionel Avon, professeur de mathématiques, Liliane Chalon, inspectrice de l’éducation nationale dans le Val de Marne, Lisa Schmitt, féministe, Michel Fichant, professeur de philosophie à l’Université Paris, Névine Marchiset, mère de famille, Lucette Guibert, militante associative, Philippe Raynaud, Professeur à l’Université de Paris 2, Membre de l’Institut Universitaire de France, Franck Raynal, ouvrier du web (Au 25 octobre, plus de 3000 signataires)

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