Par Khaled Asmar - Beyrouth

Démantèlement d’un groupe terroriste en Arabie saoudite. L’Iran pris la main dans le sac

Riyad annonce l’arrestation d’une centaine de terroristes, liés à Al-Qaïda au Yémen, donc à Téhéran

mercredi 24 mars 2010 - 15h02, par Khaled Asmar - Beyrouth

Logo MédiArabe.Info

Les autorités saoudiennes annoncent, ce 24 mars, le démantèlement d’un réseau terroriste et l’arrestation de ses membres à Jazane et dans la province pétrolifère de l’Est. Parmi les 113 terroristes interpellés figurent 47 Saoudiens, une cinquantaine de Yéménites ainsi que des Somaliens et des Asiatiques. Pendant ce temps, les Gardiens de la Révolution iranienne ont été pris en flagrant délit de blanchiment d’argent au Bahreïn et au Liban. Le Tribunal international pour le Liban inquiète le Hezbollah qui mène une offensive politico-médiatique préventive en prélude à un nouveau coup de force.

Tip A Friend  Envoyer par email | impression Imprimer cet article

Les terrorises arrêtés seraient liés au commandement d’Al-Qaïda dans la Péninsule arabique, basé au Yémen. Ils projetaient, selon Riyad, des attentats suicides contre des cibles stratégiques, notamment dans l’industrie pétrolière et des intérêts étrangers. Selon les autorités, « le passage à l’acte devait coïncider avec des troubles provoqués dans le Sud du Yémen, sur fond de revendications indépendantistes des sudistes ». Les forces de l’ordre ont saisi d’importantes sommes d’argent, des ordinateurs et des armes.

Mais le démantèlement d’une cellule composée de six personnes dans la province Est de l’Arabie, une région où réside la majorité de la communauté chiite saoudienne, mais également qui concentre les principales réserves du royaume en hydrocarbures, semble attester d’une menace d’un autre genre. Al-Qaïda au Yémen, dont les liens avec l’Iran ne sont plus à démontrer, chercherait en effet à déstabiliser l’Arabie de l’intérieur, après avoir échoué à étendre le chaos à travers les tentatives des rebelles d’Al-Houthi financés par Téhéran, menées depuis novembre dernier à la frontière saoudo-yéménite.

L’Iran pris en flagrant délit

Cette évolution est d’autant plus inquiétante qu’elle intervient quelques jours à peine après la découverte, au Bahreïn, d’une autre tentative d’infiltration iranienne des monarchies du Golfe. Le ministre d’Etat du Bahreïn, Mansour Ben Rajab (sans portefeuille), vient d’être limogé, arrêté et traduit devant la justice pour avoir contribué à blanchir l’argent pour le compte des Gardiens de la Révolution iranienne. Ben Rajab faisait partie d’un vaste réseau régional lié à Téhéran, comprenant plusieurs Bahreïnis, au moins une Koweïtienne et un Egyptien, ainsi que des Libanais. C’est à Beyrouth, et plus précisément dans la banlieue sud de la capitale libanaise, fief du Hezbollah, qu’une tentative de blanchir six millions de dollars a permis aux autorités de dévoiler le réseau. Le Hezbollah y serait impliqué, tout comme il serait inquiet de la progression de l’enquête internationale sur l’assassinat de Rafic Hariri.

Inquiet, le Hezbollah prépare un nouveau coup de force

A cet égard, plusieurs sources libanaises redoutent un nouveau coup de force du parti de Dieu destiné à perturber ou à retarder l’enquête. A travers ses médias et ses alliés, le Hezbollah mène actuellement une virulente campagne contre l’ancien Premier ministre Fouad Siniora, accusé d’avoir servi les intérêts américains et israéliens. Le parti de Hassan Nasrallah cherche ainsi à invalider toutes les décisions de l’ancien gouvernement, dont précisément celle concernant le Tribunal internationale. C’est du moins l’interprétation de la sortie médiatique, ce 24 mars, de l’ancien député pro-syrien Nacer Kandil. Le même jour, le député Nabil Nicolas, fervent défenseur du Hezbollah et membre du Courant Patriotique Libre du général Aoun, avait fait de même, affirmant que Siniora doit être traduit devant la justice... La semaine dernière, ce fut le tour de Wiäm Wahhab de tirer à boulet rouge sur le président Michel Sleimane, l’invitant à démissionner.

Le Hezbollah mène une offensive politico-médiatique préventive, et vise particulièrement les Forces Libanaise et leur chef Samir Geagea, considéré par la majorité des Libanais comme « le seul obstacle capable de faire face à l’hégémonie syro-irano-hezbollahie », alors que Walid Joumblatt s’apprête à se rendre en Syrie, et que l’ancien président Amine Gemayel songe à lui emprunter le pas sur la route de Damas. Mais comme d’habitude, une offensive politico-médiatique vise à préparer le terrain et les esprits à une offensive d’un autre genre : un coup de force militaire. Moins de deux ans après la razzia de Beyrouth, le 7 mai 2008, une récidive ne serait pas exclue, affirment les experts. Une tentative d’attaques contre la FINUL avait d’ailleurs été déjouée la semaine dernière, et un Palestinien membre du groupe terroriste Fatah Al-Islam a été arrêté. Selon plusieurs médias libanais, il aurait affirmé aux enquêteurs avoir agi à la demande du Hezbollah et avec des moyens militaires et financiers fournis par le parti chiite. Ce dernier chercherait à punir la FINUL pour avoir saisi plusieurs caches d’armes dans la zone de son déploiement.

A juste titre, la stratégie militaire du Hezbollah s’appuie sur ces caches d’armes, une tactique qui avait été testée lors de son offensive contre Beyrouth. Le Hezbollah avait loué, des mois auparavant, des dizaines d’appartements choisis en fonction de leurs positions au sein des quartiers sunnites de la capitale, et y avait placé d’importantes quantités d’armes. Le jour de l’attaque, ses combattants désarmés ont avancé en civil et pu passer les contrôles de l’armée libanaise chargée de la sécurité de Beyrouth. Ils se sont alors rendus dans ces appartements transformés en entrepôts et s’en sont sortis armés jusqu’aux dents pour prendre à revers et par surprise les habitants ainsi que les forces de sécurité. Le même scénario est valable dans le sud, pour attaquer Israël à partir de la zone couverte par la FINUL. Le Hezbollah y dispose toujours d’importants stocks d’armes et de missiles. Ses combattants peuvent s’y rendre en civil, se servir de ces armes et surprendre les soldats de l’ONU. D’où, le Hezbollah manifeste son mécontentement de la FINUL et cherche à la punir par Fatah Al-Islam pour ne pas se salir lui-même.

Khaled Asmar

© Nos informations, analyses et articles sont à la disposition des lecteurs. Pour toute utilisation, merci de toujours mentionner la source « MediArabe.info »