Point de vue de Khaled Asmar - Beyrouth

Le Liban se cherche un gouvernement : halte à la précipitation

La majorité parlementaire ne doit pas offrir de cadeaux gratuits à la Syrie

vendredi 6 novembre 2009 - 18h01, par Khaled Asmar - Beyrouth

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Le Liban se cherche un gouvernement depuis les élections législatives du 7 juin dernier. Saad Hariri, chef de la majorité parlementaire, désigné Premier ministre depuis fin juin, n’a toujours pas réussi à former son cabinet, en raison des conditions de l’opposition qui réclame le tiers de blocage et des ministères de souveraineté. Aujourd’hui, le président du Parlement, Nabih Berri, appelle à former le gouvernement et menace de s’enfermer au Parlement en guise de pression.

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Les Libanais s’attendent à la formation imminente d’un gouvernement d’union nationale. Mais qui, malheureusement, n’aura de l’Union nationale que l’appellation, et qui sera, une fois encore, l’otage des divergences entre ses composantes. Car, le Hezbollah aura un pied dans le gouvernement, et les « trois autres » dans l’opposition. Son allié Michel Aoun, qui affirmait dans le quotidien algérien Liberté, le 21 octobre dernier, que « le Liban manquait de maturité politique », autrement dit qu’il ne pouvait pas se gouverner (un appel à une tutelle étrangère, de surcroit syrienne), continue à retarder la formation du gouvernement à travers ses conditions impossibles à satisfaire. Il réclame davantage de ministères pour bloquer l’action de l’Exécutif...

En dépit de l’évolution rapide de la situation depuis le rapprochement de façade entre l’Arabie saoudite et la Syrie à l’occasion de la visite du Roi Abdallah à Damas, le 7 octobre, Saad Hariri ne parvient pas à coller les morceaux. Pourtant, la partie de l’opposition la plus influencée par la Syrie cherche à lui faciliter la tâche, afin de permettre à Bachar Al-Assad de « se vendre » auprès de son homologue français Nicolas Sarkozy, lors de sa visite à Paris dans les semaines à venir. Ce qui explique le revirement du président du Parlement, Nabih Berri, qui exerce désormais de plus en plus de pressions pour la formation rapide d’un gouvernement. Il menace de s’enfermer au Parlement jusqu’à la naissance au forceps du gouvernement.

L’ironie c’est que le même Nabih Berri, réélu « par erreur » à la présidence de la Chambre, avait lui-même fermé le Parlement pendant près de deux ans et empêché les députés de se réunir et d’élire un président de la République pour succéder à Emile Lahoud. Entre 2006 et 2008, le même Berri avait bloqué les institutions du Liban et précipité le pays dans le vide et l’inconnu. Aujourd’hui, en militant pour la formation du gouvernement, Berri applique le dicton - très diplomatique - qui dit que « l’hôpital se moque de la charité ». Mais ce dicton a une version libanaise bien moins diplomatique : « la prostituée prêche l’abstinence ».

Cette situation sert en premier lieu la Syrie. D’une part, le blocage du Liban, provoqué par ses alliés, justifie a posteriori la nécessité de son occupation du pays du Cèdre entre 1990 et 2005, et tend à valider, a priori, les propos de son allié Michel Aoun : « le Liban manque de maturité politique et ne peut se gouverner tout seul » ! D’autre part, la formation in extremis d’un gouvernement, à une semaine de la visite d’Assad en France, permettra à ce dernier de revendiquer la paternité du gouvernement, donc de Saad Hariri. La page de l’assassinat de Rafic Hariri et de la justice internationale sera ainsi tournée, estime-t-on à Damas.

Dans ces conditions, les Libanais comptent sur l’intelligence de la majorité parlementaire et sur la capacité manœuvrière de Saad Hariri pour retarder la formation de l’Exécutif. Ils avouent ne pas souffrir davantage aujourd’hui de l’absence d’un gouvernement que d’un gouvernement de désunion nationale. Ils espèrent que la Majorité ne se précipite pas et ne tombe pas dans le piège syrien. Au contraire, ils croient qu’il est nécessaire d’exploiter les divergences entre l’Iran et la Syrie pour neutraliser les velléités hégémoniques des Mollahs de Téhéran et du Baas de Damas.

Pour rappel, il convient de lire principalement nos deux lettres ouvertes à Saad Hariri :

En couvrant « marmite bouillonnante », vous ne l’empêchez pas d’exploser, mais vous retardez l’échéance (26 septembre 2008)

Election de Nabih Berri à la présidence du Parlement:Tout ça pour ça ? (25 juin 2009)

Khaled Asmar

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