Point de vue de Khaled Asmar

Entre « Islam en France » et « Islam de France », Malraux craignait la « France musulmane »

L’islam doit-il s’adapter à la France et à la laïcité ? Ou est-il décidé à les soumettre ?

mardi 29 septembre 2009 - 16h03, par Khaled Asmar - Beyrouth

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André Malraux s’était inquiété en 1956 de la violence de la poussée islamique. Pourquoi ses propos prennent-ils des proportions inattendues, 53 ans après ? MediArabe.info tente de décrypter l’actualité brûlante vue par les médias arabes et islamistes pour aider le lecteur à y voir plus clair.

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Les déclarations de l’ancien résistant et ancien ministre gaulliste, André Malraux, sont d’une extrême clarté et reviennent, par leur clairvoyance, sur le devant de la scène. Car, tout simplement, l’actualité confirme les appréhensions prémonitoires de leur auteur, non seulement depuis que l’organisation Al-Qaïda, Oussama Ben Laden et ses filiales régionales, et la pensée takfiriste qu’ils véhiculent ont décrété le jihad planétaire contre les « impies », mais surtout depuis que l’Occident est devenu la cible d’une nouvelle conquête aux multiples dimensions. Désormais, au nom de la lutte contre les discriminations, phénomène cher aux Occidentaux adeptes de l’auto-flagellation, l’islam dans sa version hégémonique avance à visage découvert. Il recourt à l’intimidation ou à la menace, mais systématiquement à la ruse (la Taqqia, ou l’art de la dissimulation).

Le foulard, premier acte de la conquête politique

Dans l’affaire du foulard islamique [lire à ce sujet notre analyse sur le voile], qui a été longtemps débattue, la France n’a pu qu’en interdire le port dans l’administration et les écoles publiques. Les entreprises privées subissent le vide juridique et sont confrontées à toutes sortes d’intimidations. Pour éviter la confrontation avec la communauté musulmane, « incompatible avec la laïcité » (selon le roi du Maroc Hassan II), de plus en plus de sociétés françaises cèdent et tolèrent le port du voile, devenu un véritable « acquis ». La prolifération du port de la burqa (voile intégral dont l’interdiction fait débat actuellement) et du Burkini (maillot de bain islamiques) sert ainsi à repousser les limites encore plus loin, de même que la multiplication des revendications relatives à la vente et consommation d’alcool dans certains quartiers, à la mixité à la piscine, ou à la qualité de nourriture dans les cantines… En cédant à ces pressions, au nom de la paix sociale, la République malmène son principal fondement, la laïcité.

A cet égard, le site islamiste islammemo.cc a consacré un article à l’islam en Europe, le 16 septembre dernier, sous le titre « Pourquoi l’Europe redoute-t-elle le voile islamique ? ». En réponse, le site confirme que « le voile et la burqa ne sont que la face apparente de la progression de l’islam en Occident. L’ampleur de la percée de la religion, la prolifération des écoles islamiques et des mosquées, ainsi que l’attachement des musulmans à leurs valeurs et traditions sociales, inquiètent les Européens ». La crainte du Vieux Continent est également due, selon le site, au « retour aux sources religieuses de la troisième génération d’immigrés, notamment par le biais des femmes voilées ». Le site se réjouit que « ces femmes se chargent, sans l’ombre d’un doute, d’éduquer la future génération selon ces valeurs islamiques » et ajoute euphoriquement que « la progression démographique de la communauté est telle qu’elle inquiète les pays de l’Union européenne et justifie les mesures hostiles au voile ».

L’armée française et le pèlerinage

Dans le sillage de cette croissance démographique, une croissance des effectifs musulmans dans l’armée française a été constaté, la poussant à créer l’aumônerie musulmane en 2005. En 2009, l’armée française a décidé d’organiser le pèlerinage des soldats de confession musulmane à la Mecque. Selon le journal canadien « The Global and Mail » du 15 septembre, « l’aumônier musulman de l’armée française, Abdelkader Arbi, s’est récemment rendu en Arabie saoudite pour mettre en place l’organisation du pèlerinage de La Mecque ». Pour l’armée, il s’agit de protéger ses soldats musulmans contre des agences de voyage peu scrupuleuses, contre les abus et les éventuelles agressions sur place, la France étant engagée dans plusieurs conflits impliquant des pays musulmans. Selon le journal canadien, repris par l’ensemble des sites, blogs et forums islamistes, le ministère français de la Défense fournira un avion pour transporter les pèlerins en Terre sainte et organisera leur séjour, tandis que le ministère saoudien de la Défense fournira les guides.

Ces informations, reprises avec satisfaction par plusieurs sites islamistes dont « Alukah », ou encore « Islamtoday » et « Islamonline », sont ainsi confirmées par le quotidien jordanien « Al-Dustour ». Son correspondant à Paris, Nidal Hamadé (correspondant de plusieurs autres médias dont « Al-Manar » du Hezbollah, et du réseau « Voltaire »), évoque cependant un débat qui se déroule en France autour de cette question. Il affirme avoir interrogé un officier français à la retraite, qui accuse « les milieux gauchistes pro-israéliens d’être à l’origine de ce débat ». L’officier en question rappelle que « l’armée française s’est adaptée à l’islam depuis des décennies, en intégrant notamment des cuisiniers musulmans pour veiller à la bonne application des règles et au choix de la viande halal », précise Hamadé.

Mais plus intéressante est la vision d’un internaute expliquée sur le forum du site « islamtoday ». En réaction à l’article du « Global and Mail » traduit et reproduit par le site musulman, l’internaute rappelle les fondements de sa religion : « tout musulman qui intègre l’armée française perd de facto sa confession, puisqu’il devient impie comme son armée. Aucune fatwa ne peut justifier son geste », ajoute-t-il, avant de poursuivre son plaidoyer : « l’armée française tue des musulmans en Afghanistan, en Irak et en Somalie, et de ce fait, il est interdit pour un musulman de combattre dans ses rangs ». Quant au pèlerinage organisé par l’armée, l’internaute le qualifie de « pèlerinage des mercenaires et des renégats » qui n’a donc aucune valeur religieuse.

Les concessions se succèdent

Les musulmans ne pouvant pas s’adapter à la laïcité, comme l’expliquait en son temps le roi du Maroc Hassan II, selon lequel « un musulman est un fidèle avant d’être un citoyen », reconnaissant de facto l’incompatibilité avec la laïcité, ils l’exploitent afin de la soumettre. C’est ainsi qu’il convient d’interpréter les nouvelles exigences des musulmans en France. « Si une entreprise emploie quatre personnes de confession musulmane qui réclament une salle de prière, elle doit satisfaire leur exigence et créer un espace réservé à la prière ». Des entreprises hexagonales confrontées à ce problème ont en effet cru bon de se renseigner auprès des autorités compétentes. A leur surprise, elles ont été informées qu’« il s’agissait désormais d’un droit et qu’elles devaient s’y conformer pour éviter des problèmes avec la Halde » (Haute Autorité de Lutte contre les Discrimination et pour l’Egalité).

Enfin, une autre concession serait dans les cartons : selon le quotidien algérien « El-Khabar » du vendredi 25 septembre, « la France songe à naturaliser tous les Algériens nés avant 1962 » (indépendance). Une proposition qui serait à l’étude à Paris pour tourner la page des relations conflictuelles avec l’Algérie. « Paris, qui refuse de se repentir, comme l’exige Alger, pense ainsi pouvoir améliorer ses rapports avec son ancienne colonie », précise encore le journal. L’Hexagone met ainsi au préalable les structures compatibles avec l’islam pour mieux l’accueillir !

D’où, de plus en plus de Français et d’Européens prennent le risque d’être accusés de racistes en s’interrogeant s’il ne serait pas plus approprié de parler, dans l’avenir, de « l’islam en France plutôt que de l’islam de France ? » A plus long terme, ajoutent-ils, « ne faudrait-il pas s’habituer à l’idée de plus en plus répandue, d’une France islamisée ? » Est-ce bien la crainte qu’exprimait Malraux en 1956 ? Celle que personne n’a entendue pour pouvoir défendre la laïcité.

Khaled Asmar

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