Les ambitions iraniennes ont-elles des limites ?

L’Empire perse s’étendra de l’Asie jusqu’à la Méditerranée

L’analyse de Mariam Elaheh

samedi 2 décembre 2006 - 19h56

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Au pouvoir depuis 2005, le président iranien n’a de cesse de provoquer la communauté internationale. Scandant l’éradication de l’Etat d’Israël, réclamant le droit légitime de l’Iran à obtenir l’arme nucléaire, inspectant les usines d’enrichissement d’uranium au nez et à la barbe de l’A.I.E.A, Ahmadinedjad joue la provocation, choque et effraie le monde. Mais quelles sont les ambitions réelles de ce « petit homme du peuple » ?

Ancien formateur des Pasdarans, milice des mœurs de la République Islamique, le président iranien incarne un nouvel espoir après Mohammed Khatami, le réformateur sur qui comptait toute la jeunesse iranienne asphyxiée. A coups de campagnes de presse démentielles, Ahmadinedjad n’hésite pas à montrer le quartier pauvre dans lequel il vit, ainsi que sa modeste maison conforme à l’application d’une vie spartiate voulue par la Charia. Le président iranien s’attribue en effet une mission messianique, définie par son maître à penser l’Ayatollah-Ouzma Mousbah Yazdi, le président de l’Université islamique de Qom. Ce dernier croit que la mission du Président est d’accélérer le retour du douzième Imam (le Mahdi) pour faire triompher le chiisme. La nouveauté de l’élection d’Ahmadinedjad réside aussi dans le fait qu’il est le premier président de la République Islamique d’Iran qui n’appartient pas au clergé. A son élection, l’euphorie était donc permise du côté des Chefs d’Etats Occidentaux, mais surtout du peuple. Or, Ahmadinedjad n’a pas tardé à dévoiler son véritable dessein : s’imposer comme le chef du monde arabo-musulman et relancer « l’exportation de la révolution chiite, entamée par Khomeïny » et surtout rompre avec la doctrine de son prédécesseur Khatami qui prônait le « dialogue entre les civilisations ».

Voisin d’un Irak assiégé par les Américains et d’un Afghanistan épuré par les Talibans et les Occidentaux, Ahmadinedjad a parfaitement conscience de la position géostratégique majeure de l’Iran dans ce Moyen-Orient déchiré, et compte l’exploiter pour atteindre ses objectifs. Depuis le 11 septembre 2001, l’Iran est un pilier de « l’Axe du Mal » établi par les Etats-Unis, considérés comme le « Grand Satan » depuis 1979. Ahmadinedjad refuse de se réconcilier avec Washington et continue à subir son embargo économique. Il s’impose comme un président véhément que rien n’arrêtera, ni la suprématie de Washington ni la menace onusienne. Son antisémitisme se sacralise dans son négationnisme qu’il évoque lors de grands rassemblements d’Iraniens, comme ce 26 octobre 2005, quand il a appelé à la destruction d’Israël. Aussi, en réponse aux caricatures sur Mahomet publiées au Danemark, Ahmadinedjad a organisé un concours de caricatures sur la Shoah. L’exposition est ressassée à la télévision iranienne de manière lancinante suscitant des réactions unanimement outrées. Tous dénoncent un tel discours au XXIe siècle. Tous sauf un : la Syrie, allié sur lequel l’Iran peut compter dans sa course folle à l’expansion idéologique.

Subrepticement, Téhéran renforce avec Damas une alliance stratégique dont le Hezbollah est le bras armé. Le régime de Téhéran est puissant : 4ème réserve de pétrole au monde, 2ème de gaz... Un pays stratégiquement important par ses détroits maritimes, et Ahmadinedjad le sait pertinemment : Téhéran ne sera pas un nouveau Bagdad désormais sous son influence.

Or, cette confiance en soi pousse Ahmadinedjad à toujours repousser les limites. La coalition tacite syro-iranienne se met en marche : le Hezbollah devient l’arme et le Liban devient le champ de bataille. La guerre du Liban de l’été dernier n’est-elle pas le fruit de cette nouvelle alliance stratégique ? Ali Khamenaï, le Guide suprême de la Révolution Islamique et véritable chef du gouvernement de Téhéran n’a-t-il pas déclaré, le 14 novembre en recevant Nabih Berri, que « le Liban sera le cimetière du projet américain ? ». Le Hezbollah, Amal et autres alliés de Damas au Liban dont le CPL du général Michel Aoun accentuent depuis hier les pressions sur le gouvernement reconnu et soutenu par l’ensemble de la communauté internationale. Ils réclament sa démission, synonyme du retour à l’ère syrienne. Après avoir étendu son influence sur l’Irak, et poussant les conversions au chiisme en Syrie moyennant 10.000 dollars par tête, et en réussissant son coup-d’Etat au Liban, Ahmadinedjad serait en passe de réaliser son ambition d’étendre la Révolution Islamique sur toute la région. Les monarchies du Golfe, où vit une importante communauté chiite, craignent cette perspective et redoute que leurs chiites ne se soulèvent contre les pouvoirs établis, pour le compte de Téhéran. L’Empire perse serait alors à portée de main. Il s’étendra de l’Asie jusqu’à la Méditerranée. A moins que l’Occident se ressaisisse et cesse de regarder son nombril.