Point de vue de Khaled Asmar - Beyrouth

A cinq jours des législatives libanaises : le naufrage de l’opposition

En vidéo : Sleimane Frangié qualifie ses partisans de chiens et d’ignorants, et ses alliés falsifient et diffusent des documents

mardi 2 juin 2009 - 16h22, par Khaled Asmar - Beyrouth

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Le Liban s’apprête à vivre une journée cruciale qui doit déterminer son avenir. En fonction des résultats des urnes, le 7 juin au soir, on saura si la République libanaise aura un avenir, si le Liban sera libre et souverain, ou au contraire, il sera soumis à la République islamique d’Iran à travers une victoire du Hezbollah et de ses alliés. La vidéo que nous mettons en ligne atteste de la nervosité de l’opposition. Un signe encourageant qui nous permet de croire en un Liban libre.

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Le naufrage de l’opposition se lit au quotidien, à travers les faits et gestes de ses candidats et de leurs partisans. Le Courant (qui était) Patriotique Libre (CPL) du général Michel Aoun multiplie les tentatives d’intimidation dans les régions chrétiennes, en y déployant des centaines de militants du Hezbollah, armés jusqu’aux dents, sans parvenir à empêcher les Libanais, avides de souveraineté et de liberté, à assister aux réunions électorales de la majorité, à surmonter la peur et à relever le défi.

Cette volonté intacte d’une majorité de la population à revendiquer son attachement aux valeurs du Liban - des valeurs diamétralement opposées à celles du Hezbollah et du CPL - affole l’état-major du général Aoun. Cet affolement justifie le déplacement du député sortant Ibrahim Kanaan à Damas, la semaine dernière, pour négocier avec la Syrie l’envoi de ressortissants syriens indument naturalisés au Liban pour voter massivement pour le CPL. Il justifie aussi la multiplication des insultes à l’égard de l’Eglise maronite et de son chef, le Patriarche Nasrallah Sfeir. Michel Aoun a encore rappelé, la semaine dernière, vouloir « incarner à la fois les patriarcats maronite, catholique et orthodoxe », le tout au nom de la laïcité qu’il prône faussement depuis des années dans l’objectif de tromper ses partisans (cliquez ici pour rappel). Car, tout en voulant éloigner la politique de la religion, ou vice-versa, il s’allie avec l’enturbanné du Hezbollah, Hassan Nasrallah, qui ne cesse de répéter son lien intrinsèque à la mollarchie d’Iran et à « Wilayat Al-Faguih ». En effet, « une victoire de l’opposition, menée par le parti de Dieu, fera du Liban une base militaire avancée de l’Iran, renforcera la politique de confrontation et ouvrira de nouveaux fronts contre l’Occident », a récemment avoué le président Mahmoud Ahmadinedjad.

Aussi, les partisans du général Aoun diffusent, depuis une semaine des faux documents (réalisés comme à leur accoutumé par des logiciels de traitement de photo) relatifs à des virements bancaires et des chèques destinés à financer la campagne de certains candidats de la majorité. Or, les banques et les intéressés ont unanimement dénoncé ces faux, et ont porté plainte contre leurs concepteurs et leurs diffuseurs. Le 26 mai, la rédaction de MediArabe.info a reçu les premières images envoyées depuis Puteaux, en Île-de-France, où résident plusieurs militants du CPL, dont le député franco-libanais Nabil Nicolas, très controversé au sein même de sa communauté. Une plainte a été déposée au Liban contre l’opposition qui use et abuse de ces faux. D’autres plaintes seraient envisagées en France contre Nabil Nicolas, pour avoir insulté son pays d’adoption à plusieurs reprises depuis l’été 2006, notamment quand il avait confié l’évacuation de son épouse Catherine et de ses enfants, retenus au Liban pendant la guerre israélienne provoquée par le Hezbollah, à la marine française, au moment où il qualifiait le président Jacques Chirac de tous les noms pour son « ingérence » au Liban !

Mais l’échec de cette première campagne de faux ne semble pas avoir découragé l’opposition qui a récidivé. Sa dernière invention vise Nayla Tueni, la fille de l’ancien député et rédacteur en chef du premier quotidien libanais « An-Nahar », assassiné le 12 décembre 2005. La candidature de Nayla réduit les chances du candidat du CPL à Ashrafieh. L’opposition recourt ainsi à la diffusion d’un faux document (une demande de visa) qui laisse supposer sa conversion à l’islam, alors qu’elle est candidate à un siège de la représentation orthodoxe. Là aussi, une plainte pour faux et usage de faux sera déposée.

Mais la menace électorale la plus sérieuse pour le CPL est sans doute les Forces Libanaises, qui ont historiquement défendu le Liban et sa souveraineté, et qui n’ont jamais troqué leurs principes pour un quelconque pouvoir (cliquez ici pour rappel). Ce qui a valu la diffusion d’un document - que nous avons reçu le 31 mai - intitulé « le CV de Samir Geagea ». Ce texte attribue, sans la moindre preuve, un passé criminel à Geagea. Or, celui qui est présenté comme le « pire criminel » n’a pas réussi à rivaliser avec ses accusateurs en matière de criminalité, d’autant plus qu’il en a déjà payé le prix en passant onze années en prison, et en présentant ses excuses en septembre 2008....

Les Forces Libanaises sont en effet le cœur battant du Liban souverain et les bâtisseurs du Liban libre. Et à ce titre, leurs réunions rassemblent de plus en plus de partisans et affolent leurs adversaires. Samedi 30 mai, le rassemblement de milliers de personnes dans le fief de Sleimane Frangié (Zgharta) a inquiété les hommes de ce dernier, qui ont caillassé les convois et provoqué une vive tension. N’étant pas en mesure de supporter le prix politique du comportement des siens, Frangié est descendu personnellement en scène pour demander à ses hommes de rentrer chez eux. Il les a traités de « chiens » et d’« ignorants », il en a même giflé un, comme le montre cette vidéo.

Certains Libanais restent indulgents et tentent de justifier les dérapages verbaux de Frangié, lui pardonnant même ses insultes. Ils estiment que le jeune héritier de la féodalité familiale est triplement handicapé : orphelin à 14 ans (à cet égard, un ancien proche du général Aoun, l’ancien coordinateur du CPL à Tripoli Bassam Al-Agha, a affirmé fin mai que, selon Aoun, « l’assassin de Tony Frangié était Elie Hobeïka, à la demande des Services syriens »), il a eu la malchance de côtoyer Bachar Al-Assad, et plus récemment Richard Labévière (qui tente de renflouer le duo Aoun-Frangié comme étant les porte-paroles des Arabes chrétiens). Selon les observateurs, ces trois éléments (les fréquentations de l’orphelin) ne favorisent pas son éducation !! A vous d’en juger avec cette vidéo tournée le 30 mai après l’altercation de Zgharta. On y voit Frangié insulter et frapper ses partisans. Une belle leçon de démocratie, donnée par celui qui a déjà insulté le Patriarche, et qui a fait allégeance à Bachar Al-Assad... Ainsi, la lutte entre les saints et les démons se poursuit et c’est au Libanais de trancher dimanche prochain.

La vidéo de Sleiman Frangié (30 mai 2009)

Khaled Asmar

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