Point de vue de Khaled Asmar - Beyrouth

Le Liban à la croisée des chemins : entre indépendance et soumission

Halte à la tentation théocratique et suicidaire de l’opposition

vendredi 22 mai 2009 - 14h06, par Khaled Asmar - Beyrouth

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A 16 jours des élections législatives (7 juin), l’inquiétude gagne le Liban : Sleimane Frangié confirme son alliance avec la Syrie, alors que le Hezbollah et le général Aoun évoquent la "troisième République". Les électeurs craignent de plus en plus qu’une victoire de l’opposition ne signe la fin du Liban souverain, politiquement, économiquement et idéologiquement.

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Sleimane Frangié, chef du courant des « Marada » (ancien ministre, ancien député et candidat aux élections législatives du 7 juin à Zghorta, dans le Nord), vient de confirmer son option syrienne. Membre de « l’Alliance du 8 mars » regroupant le Hezbollah, le Courant (qui était) Patriotique Libre du général Michel Aoun, le Parti National Syrien, le mouvement Amal, et quelques autres organisations liées aux Services syriens, Frangié a confirmé, lors d’un meeting électoral organisé le 21 mai par la « section économique » de son courant, son alliance avec la Syrie et avec la famille Assad.

Frangié a en effet assuré avoir hérité de cette politique de son grand-père (l’ancien président de la République, Sleimane Frangié, qui s’était réfugié en Syrie après avoir assassiné une vingtaine de personnes dans l’église de Miziara pendant la messe, en juin 1957) : « Nos adversaires politiques nous accusent d’avoir une relation privilégiée avec la Syrie et l’Iran. Nous sommes fiers de cette alliance dont nous avons héritée. Elle fut fondée depuis plus de 70 ans par l’(ancien) président Frangié. L’option de l’appartenance arabe du Liban ne changera pas » a-t-il affirmé. Et d’expliquer que « l’alliance avec la Syrie est une garantie pour le Liban et une protection pour les Chrétiens. Car les Chrétiens sont incapables de se protéger. Les Sunnites et les Chiites sont capables de se protéger, grâce à leurs relations avec les pays de la région (Arabie Saoudite, Iran) contrairement aux Chrétiens que seule la Syrie peut protéger... ». Notons que ces déclarations rejoignent et confirment l’option défendue par Richard Labévière dans son dernier livre consacré à Frangié : « Ehden ou la malédiction des Arabes chrétiens ».

En outre, le quotidien koweïtien « Al Seyassah » évoque, aujourd’hui, un avenir sombre pour le Liban, notamment économique. Il cite un responsable libanais selon lequel « l’opposition menée par le Hezbollah et le général Michel Aoun entend se servir des réserves de change de la Banque centrale et des réserves en or pour relever le défi, si elle remportait les législatives ». Cette option est d’autant plus vraie que les investisseurs étrangers, arabes et occidentaux, et les pays donateurs dans le cadre des conférences Paris I, Paris II et Paris III, boycotteraient le Liban en cas de victoire du Hezbollah. Selon les experts, une telle évolution dilapiderait les réserves du Liban et mettrait son économie à genoux en moins d’un an, alors que l’opposition tente de la ruiner depuis trois ans. L’opposition s’y emploie méthodiquement à travers les blocages systématiques des réformes et des privatisations en organisant des manifestations et des sit-in permanents au centre de Beyrouth (entre décembre 2006 et juin 2008), ce qui a engendré une instabilité politique et la menace de nouvelles guerres (avec Israël). Notons que le Hezbollah n’avait pas hésité à planifier et organiser son coup de force à Beyrouth, le 7 mai 2008, pour renverser le gouvernement. MediArabe.info avait mis en garde contre ce risque une semaine avant les faits.

Les électeurs auront ainsi le choix entre la « troisième République » évoquée par l’opposition, et un Liban souverain prôné par « l’Alliance du 14 mars » :

La première option fera du Liban une République calquée sur le modèle théocratique iranien, puisque Hassan Nasrallah a déjà confirmé être un soldat de « wilayat Al-Faguih » et qu’il prend ses ordres du Guide de la République islamique d’Iran, l’Ayatollah Ali Khamenaï. Pour y parvenir, il a réussi à domestiquer le général Michel Aoun et son état-major pour mieux les exploiter contre la souveraineté libanaise. Depuis la signature de l’entente entre les deux parties, en février 2006, et les visites de Aoun à Damas et Téhéran, ses lieutenants (notamment Nabil Nicolas, franco-libanais devenu célèbre pour ses critique à l’égard de la France) multiplient les attaques contre l’Eglise, principal défenseur de l’indépendance.

La seconde tend à mettre le Liban à l’abri des axes régionaux afin que toutes les crises ne se règlent plus sur le territoire libanais et à travers les Libanais interposés. De plus en plus de Libanais parient encore sur un sursaut patriotique susceptible d’anéantir la tentation théocratique de Nasrallah et le rêve suicidaire de Michel Aoun.

Khaled Asmar

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