Point de vue de Khaled Asmar

Elections législatives au Liban : la majorité souverainiste saura-t-elle profiter des erreurs de l’opposition

Le Hezbollah se développe en Irak et menace l’Egypte. Il confirme son statut de mouvement terroriste transnational en dépit de l’avis des Britanniques. Le général Aoun s’allie aux "nazis" du Parti National Syrien Social (PNSS)

jeudi 9 avril 2009 - 00h09, par Khaled Asmar - Beyrouth

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Les autorités égyptiennes viennent de confirmer le démantèlement de cellules liées aux Hezbollah libanais et l’arrestation d’une cinquantaine de personnes en Egypte. Il s’agit d’un cadre du Hezbollah chargé par son parti de mettre sur pieds des réseaux en Egypte, afin de déstabiliser le pays et de faciliter le trafic d’armes vers Gaza.

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Le procureur général de la République a reconnu au Caire, ce 8 avril, les informations publiées par la presse égyptienne concernant l’arrestation d’une cinquantaine de personnes, dont un Libanais et huit Palestiniens. Outre l’accusation de répandre le chiisme en Egypte, le cadre du Hezbollah arrêté, Sami Hani Chehab, est accusé d’avoir été chargé par son parti de recruter et d’entrainer des Egyptiens, de planifier des attentats au Pays du Nil, et d’organiser le trafic en direction du Hamas à Gaza. Selon le Caire, le Hezbollah a investi d’importantes sommes d’argent pour louer des terrains donnant sur le Canal de Suez, afin de surveiller le trafic des navires militaires occidentaux, ainsi que des appartements meublés dans lesquels les recrues se réunissaient et s’entraînaient au maniement des armes.

Ces accusations confirment les tentatives du Hezbollah et de ses bailleurs de fonds syriens et iraniens de déstabiliser l’Egypte, comme l’avait souligné MediArabe.info à plusieurs reprises depuis novembre dernier (lire ici ou là). Mais plus graves encore, par son comportement, le Hezbollah confirme son statut de branche armée extérieure de l’Iran et de principal vecteur d’exportation de la Révolution chiite dans le monde. De ce fait, le risque est grand que le Hezbollah perde le statut de parti politique libanais, à deux mois des élections législatives prévues le 7 juin 2009. Mais aussi, la Grande-Bretagne doit être embarrassée. Londres avait accueilli l’un des dirigeants du parti, Hussein Hajj Hassan, invité à la Chambre des représentants. Les Britanniques tentent de réhabiliter politiquement un parti accusé de terrorisme, pour obtenir la libération de cinq de leurs ressortissants en Irak. Un argument qui s’ajoute aux révélations égyptiennes pour prouver que le Hezbollah est bel et bien un mouvement terroriste transnational.

Reste à savoir si les Libanais qui lui sont fidèles par opportunisme (grâce à la générosité iranienne) ou par endoctrinement (grâce aux fatwas du Guide de la Révolution Ali Khamenaï qui a fait de Hassan Nasrallah son représentant légal au Liban) continuent à le soutenir. L’autre inconnue de l’équation législative concerne les alliés du Hezbollah, notamment le Courant Patriotique Libre (CPL) du général Michel Aoun. Ne se contentant pas de son alliance avec le parti de Dieu, ni de ses visites à Téhéran puis à Damas, le général Aoun va plus loin et persiste à mépriser ses propres partisans et les familles des disparus en Syrie. N’ayant pu obtenir leur libération, le CPL a demandé à leurs familles, à travers la télévision OTV, de faire « la prière des absents » et de se préparer à tourner la page avec la dictature syrienne.

Le comble du mépris est l’alliance électorale scellée entre le général Aoun et le Parti National Syrien Social, qui prône la Grande Syrie (Croissant fertile) et qui est assimilé à un parti nazi. Les candidats du CPL font ainsi cause commune avec ceux du PNSS, et affirment que le PNSS a donné davantage à Achrafieh que Bachir Gemayel ou Gebran Tuéini, deux symboles de la souveraineté libanaise assassinés, et dont les descendants Nadim Gemayel et Nayla Tuéini sont candidats.

Les derniers masques qui cachaient encore la traitrise du général Aoun tombent, de l’aveu même de son allié Sleiman Frangieh, le plus fidèle serviteur de Bachar Al-Assad au Liban. Frangieh a reconnu la semaine dernière que « ce que le général Aoun a apporté au projet politique de l’opposition en quatre ans est beaucoup plus important que les quinze années de travail (de sape) de l’opposition (qui était alors aux commandes) ». En guise de remerciement, le site du CPL (Tayyar.org) fait la promotion d’un livre que doit publier Richard Labevière sur l’assassinat de Tony Frangieh, en 1978. Selon le journaliste français connu pour ses relations douteuses avec Damas et avec le Hezbollah, « l’ordre d’éliminer Tony Frangieh avait été donné par les Israéliens à Bachir Gemayel et c’était le Mossad qui en avait confié la mission à Samir Geagea ». En ouvrant ainsi des dossiers du passé, Aoun compte occulter ses alliances actuelles, contre-natures et anti-souverainistes. Pourvu que les électeurs ne se laissent plus berner par un nouveau Zopyre.

Khaled Asmar

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