Analyse de Khaled Asmar - Beyrouth

Au huitième jour, l’offensive iranienne se poursuit à et par Gaza. Visite de Saïd Jalili à Damas et Beyrouth

Menaces sur la visite de Nicolas Sarkozy au Liban : Assad se réjouit de lui faire avaler deux couleuvres pour le prix d’une

samedi 3 janvier 2009 - 18h26, par Khaled Asmar - Beyrouth

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L’élargissement et le prolongement du conflit de Gaza semble de plus en plus un objectif iranien. La République islamique pousse ses alliés et protégés régionaux à narguer et à provoquer Israël pour entretenir la guerre. Et ce, sans nul doute, pour occulter des événements ou en empêcher d’autres.

Le 9 juillet 2008, MediArabe.info avait mis en garde contre les tentatives iraniennes d’allumer des contre-feux pour faire face aux pressions auxquelles Téhéran était soumis. Le 22 décembre, nous avons expliqué comment le blocus de Gaza était exploité par l’Iran, la Syrie, le Hezbollah et le Hamas pour déstabiliser les régimes arabes modérés. Depuis, les événements renforcent notre certitude. Pire encore, l’axe syro-iranien et son prolongement continuent de narguer Israël, de le provoquer et de promettre de lui asséner une leçon inoubliable à Gaza. Le Hamas se réjouit de ses capacités à lancer ses missiles sur les localités israéliennes, en dépit des 750 raids israéliens durant une semaine, faisant plus de 430 morts et 2000 blessés.

Le comportement des islamistes, conjugués à leur communication, atteste qu’ils avaient planifié le conflit et qu’ils œuvrent à son élargissement, du moins à sa poursuite. L’objectif étant d’exploiter le « martyre » de Gaza, de mobiliser les populations arabes et islamiques, de déstabiliser les régimes alliés de l’Occident, de bouleverser l’ordre régional acquis à l’Occident et de lui en substituer un autre plutôt acquis aux « forces du refus » que dirigent l’Iran et la Syrie. Ces deux pays avaient promis, par la voix du Guide Khamenaï, de vaincre le projet de « Grand Moyen-Orient » préconisé par Washington, d’ériger le nouveau Moyen-Orient avec une connotation « islamique », de défaire Israël et faire du Liban le cimetière du projet américano-sioniste.

Renforcement de l’alliance syro-iranienne

Ce scénario ne peut se réaliser sans la contribution des factions palestiniennes et du Hezbollah, et sans la Syrie dont le rôle de « courroie de transmission » reste indispensable pour assurer les liens entre l’Iran et ses alliés. Or, la Syrie est particulièrement sollicitée par l’Occident pour rompre son alliance avec Téhéran. Les Occidentaux manient « la carotte et le bâton » avec Damas : d’une part, ils s’ouvrent sur Bachar al-Assad, lui tendent la main, le reçoivent et lui promettent mondes et merveilles en l’invitant à conclure la paix avec Israël ; et d’autre part, ils le menacent de sanctions, ils l’invitent à rompre avec l’Iran et à prendre ses distances avec sa politique et ses alliés... Reçu à Paris avec honneur, en juillet 2008, Assad avait été chargé de transmettre un message à Téhéran, dans le cadre du conflit autour du programme nucléaire iranien. Mais quelques heures avant son arrivée à Téhéran, début août, son bras droit sécuritaire, le général Mohammed Sleimane, avait été abattu par un commando professionnel dans sa villa « hyper sécurisé » de Tartous. Selon notre analyse, il s’agissait d’un avertissement iranien adressé à Assad, le mettant en garde contre toute tentative de rompre l’alliance ou de comploter contre l’Iran. Le message avait été reçu par Assad « 5 sur 5 ».

Mais sous la pression du président français Nicolas Sarkozy, la Syrie a fini par annoncer l’ouverture d’une ambassade au Liban, et devait nommer son ambassadeur avant le 31 décembre dernier, comme une reconnaissance définitive de l’indépendance du pays du Cèdre. Mais, poursuivant ses manœuvres et ses mensonges, Assad n’a pas tenu sa promesse. Il était davantage intéressé par l’ouverture de négociations de paix directes avec Israël, avant de faire machine arrière et d’annoncer que le « massacre » de Gaza empêchait toute progression du processus de paix. Or, la paix avec Israël a un prix élevé que la Syrie ne peut sans doute pas s’acquitter. Il s’agit de rompre avec l’Iran, de couper ses liens avec le Hamas et le Jihad islamique, et de prendre ses distances avec le Hezbollah. La guerre de Gaza, provoquée par le Hamas, et les surenchères du Hezbollah, attestent de ce point de vue qu’il s’est bien agi d’une « guerre iranienne contre la paix », qui a atteint ses objectifs.

Le pire est toujours devant nous

Ayant atteint ses premiers objectifs tactiques (le processus de paix), la guerre de Gaza pourrait se prolonger et s’élargir, pour atteindre les autres objectifs, plus stratégiques (déstabilisation des régimes alliés de l’Occident). En effet, devant la colère de la population, la Syrie ne peut plus envisager, à terme, de reprendre les négociations avec les « assassins des Palestiniens ». Au contraire, elle est obligée de renforcer davantage son alliance avec l’Iran et exploiter la colère populaire contre les régimes arabes dits modérés. C’est le cœur du prochain conflit particulièrement stratégique pour l’axe Téhéran-Damas. Car, en rompant les négociations avec Israël, la « carotte » occidentale ne fonctionnera plus avec Damas, laissant place uniquement au « bâton ». Or, le bâton s’appuie sur le rapport de l’AIEA dans le programme nucléaire clandestin syrien de Deir Ez-Zor, et sur le Tribunal international pour juger les assassins de Rafic Hariri. Dans le dossier nucléaire, Damas dispose de deux mois pour répondre aux interrogations des experts de l’Agence internationale concernant l’origine des particules d’uranium retrouvées sur les lieux du bombardement israélien du 6 septembre 2007. Quant au Tribunal international, le procès doit s’ouvrir le 1er mars prochain et laisse planer de sérieuses menaces sur le régime syrien. Ainsi, pour se protéger, Damas a intérêt à bouleverser la situation régionale dans le but de reléguer le dossier de l’AIEA et du Tribunal, loin derrière la crise palestinienne.

Ce scénario est de plus en plus plausible avec la multiplication des provocations verbales du Hezbollah à l’égard d’Israël et des autres pays arabes. De plus, le président du Conseil iranien de sécurité nationale, Saïd Jalili, s’est rendu à Damas où il a rencontré les représentants des factions palestiniennes, puis ceux du Hezbollah, ainsi que le président Assad, avant de se rendre à Beyrouth pour rencontrer Hassan Nasrallah. Ses entretiens ont porté sur la situation à Gaza et sur la coordination entre l’ensemble des « forces du refus » pour y faire face.

Cette situation rappelle celle qui avait prévalu en juin et juillet 2006, après la capture en bordure de Gaza du caporal israélien Guilad Shalit par le Hamas. Tsahal avait alors soumis la bande de Gaza à d’intenses bombardements pour obtenir sa libération, en vain. Début juillet 2006, le prédécesseur de Jalili, Ali Larijani, s’était rendu à Damas et avait rencontré les factions palestiniennes et le Hezbollah. Trois jours plus tard, Gaza était reléguée derrière le Sud du Liban, avec l’éclatement du conflit des 33 jours, le 12 juillet 2006.

Saïd Jalili prépare-t-il à Damas l’ouverture d’un nouveau front pour soulager Gaza, comme l’avait fait Larijani deux ans et demi plus tôt ? Une telle perspective serait en effet très bénéfique tant pour l’Iran que pour la Syrie. Car les dossiers pressés auxquels ces deux pays sont confrontés (nucléaire iranien, nucléaire syrien et Tribunal international) seront renvoyés de facto aux calendes grecques. Elle leur sera d’autant plus bénéfique que ni l’Iran ni la Syrie ne verseront la moindre goute de sang, exploitant les Palestiniens, et probablement le Hezbollah comme chair à canon. Enfin, elle leur sera bénéfique car elle embarrassera les régimes égyptien, saoudien et jordanien, et les affaiblira considérablement. Selon les stratèges syro-iraniens, Le Caire, Riyad et Amman n’auront plus les moyens de soutenir la majorité libanaise hostile à la Syrie et au Hezbollah, rendant ainsi son renversement plus aisé.

C’est dans cette ambiance des plus tendues que le président Nicolas Sarkozy doit se rendre dans la région, les 5 et 6 janvier. Initialement, il devait visiter la FINUL au Sud Liban, le 6 janvier, et rencontrer les dirigeants libanais pour les féliciter d’avoir réussi à échanger les ambassadeurs avec la Syrie. Mais cet échange n’ayant pas eu lieu, Sarkozy aurait pu penser demander des comptes à Assad pour « promesse non-tenue ». Or, la situation à Gaza étant prioritaire, la question de l’ambassade n’a plus lieu d’être, pense-t-on à Damas. Les Syriens se réjouissent de voir ainsi le président français avaler deux couleuvres pour le prix d’une. Mais il était prévenu !

Khaled Asmar

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