Ayant été le premier site francophone à avoir évoqué cette polémique, en traduisant un article du quotidien « El Khabar », MediArabe.info se doit d’accompagner l’évolution de ce dossier. D’autant plus que les sites et autres blog, incriminés par Pascal Boniface, se sont emparés de notre traduction pour le dénoncer et alimenter la polémique. Soucieux de respecter notre engagement de vérité, nous avons l’obligation de relever la réponse de Boniface, publiée le 28 novembre sur le site de l’IRIS.
Sous le titre « L’union des faussaires », Pascal Boniface publie une tribune sur le site de l’IRIS, expliquant que ses propos étaient déformés par un journal arabophone algérien.
Or, en parcourant la presse francophone algérienne, on retrouve des propos similaires, à quelques nuances près. Le quotidien francophone algérien « Le jour d’Algérie » du 5 novembre publie, dans sa rubrique culturelle, son compte rendu relatif aux Tables rondes organisées en marge du Salon du livre d’Alger et reprend les propos de Boniface, accréditant ceux publiés par la presse arabophone.
Extraits du « Jour d’Algérie » :
Boniface : l’obsession du Moyen-Orient : Pascal Boniface tient à préciser, avant d’entamer sa communication, qu’il n’est pas spécialiste du monde arabe et musulman mais plutôt un généraliste des questions stratégiques. Il fait bien puisque son analyse reste superficielle et n’est pas tout a fait percutante. L’intervenant se contente de parler de généralités et d’évènements évidents et de dénoncer l’injustice israélienne envers les Palestiniens et l’hypocrisie de la politique européenne avec les Etats arabes. « L’Occident prône la démocratie qu’il foule lui-même au pied ! C’est au nom de la démocratie que la guerre en Irak a été soutenue en Europe, mais lorsqu’il s’agit de recouvrer les droits des Palestiniens, c’est la politique de deux poids, deux mesures ». Plus loin, il avoue qu’aujourd’hui le conflit au Proche-Orient prend une importance capitale dans l’actualité internationale. « C’est devenu le conflit ou les conflits dont l’issue est centrale pour l’avenir de la planète », lâche-t-il. Pourtant, ce n’est pas celui qui fait le plus de ravage ! « Dans le jargon des stratèges, l’on dit que c’est un conflit de nature limitée, de basse intensité, c’est-à-dire c’est le moins violent. Dans le conflit israélo-palestinien, l’on ne parle pas des mutilations et des viols sans fin déjà vue au Liberia, au Rwanda, en Tchétchénie, au Congo ou au Darfour ! », soutient-il.
Alain Gresh : discours paradoxal : Le journaliste Alain Gresh, continuera sur la lancée de Boniface. Il abordera le conflit israélo-palestinien. A ce sujet, il soutient qu’aujourd’hui, on nous expose deux discours contradictoires et qui ne rendent pas compte de la complexité de la situation : d’un côté, celui de l’administration Bush qui mène une guerre contre le terrorisme ; de l’autre, celui d’Al-Qaïda d’Oussama Ben Laden, qui combat les croisés et les Juifs ! « Deux discours qui s’alimentent mutuellement. On est dans des conflits qui ont des causes locales et qui sont analysés à travers un enjeu globalisant, ce qui rend leur solution plus difficile ».
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Médias occidentaux et monde arabe : « Attaquer les musulmans ne coûte pas cher » : Animant une table ronde sur les médias occidentaux et le monde arabe, le stratège français Pascal Boniface, invité mardi au Salon du livre d’Alger, soutient que le lobby arabe en Europe n’est guère puissant, ce qui facilite les attaques contre l’islam et les musulmans. D’emblée, il souligne que beaucoup de médias occidentaux s’acharnent aujourd’hui à diaboliser l’image des musulmans et de l’islam car ils savent qu’en contrepartie ils ne seront ni sanctionnés, ni pénalisés. « Les responsables des médias croient que ce sujet intéresse le public, que ça choque, que ça augmente l’audience alors ils en profitent ! D’autres pensent que dire cela est un courage intellectuel ! C’est considéré même comme de la lucidité et du courage », dit-il, citant au passage quelques français réputés comme Bernard Henry Lévy, Philippe Val et Alain Finkelkraute, des intellectuels français qui s’inscrivent dans ce courant de pensée communautariste et qui reproduisent la pensée de la classe dominante en France et en Europe. Ils font dans le politiquement correct ! « Ces gens disent qu’ils ne sont pas contre les musulmans mais ils s’en prennent à l’islam ! Ils entretiennent un discours contradictoire et diffusent la confusion et l’amalgame. D’ailleurs, ils ouvrent les portes à tous les musulmans qui regagnent leur rang et se trahissent comme Mohamed Sifaoui ». Pour Boniface, les Français de confession musulmane ou d’origine maghrébine ou arabe sont intégrés dans la société française et c’est toute une population qui pousse et qui monte aujourd’hui en Europe. « Quand j’étais lycéen, dans ma classe il n’y avait aucun Français d’origine maghrébine ou arabe. Quand je suis entré à la Faculté, ils étaient quelques étudiants enfants de diplomates. J’enseigne aujourd’hui à l’université, en classe il y a un nombre important d’étudiants français de confession musulmane ou d’origine maghrébine. Les enfants de la cité sont là, ils ne veulent plus laisser leurs êtres aux vestiaires, ils veulent parler et s’exprimer », lâche le conférencier. Illustrant ses dires, il raconte un fait divers rapporté récemment par les médias occidentaux. Une Française a été condamnée à six mois de prison ferme parce qu’elle a contrevenu aux lois canadiennes. Elle a suivi son mari qui a kidnappé ses enfants au Canada ! « Cela a été mis dans les faits divers. Imaginez un instant que son mari ait été d’origine algérienne ou arabe ! Cela aurait fait la une de tous les médias ». Un autre exemple.
« Lorsque l’intellectuel Alain Finkelkraute avait affirmé que l’équipe nationale de foot française se composait de joueurs noirs, nous avons moi et Thuram décidé de répondre dans un long article. Le Figaro et le Monde aveint refusé de le publier ! », raconte-t-il.
Cette façon de présenter les choses est aussi une manière de reprocher aux gens ce qu’ils sont et non ce qu’ils font. Cependant Boniface tient à préciser qu’il ne croit pas à la théorie du complot. Une absurdité.
« Parce que tout simplement, un lobby arabe et musulman fort n’existe pas en Occident, ainsi on insulte car l’on sait qu’il n’y aura pas de sanction ». Il refuse la théorie du complot juif ou occidental mais soutient que cette explication est également une façon réduite de poser un problème assez complexe qui mérite que l’on s’y intéresse vraiment et qu’on propose de solutions vraies et concrètes.
(Fin des extraits)
Ainsi, le lecteur se retrouve devant deux versions diamétralement opposées, couvrant un seul et même événement. D’un côté, des journaux algériens qui reproduisent des propos, et de l’autre, l’auteur de ces propos qui les infirme. Qui dit vrai ? Il revient à l’intelligence du lecteur de faire la part des choses, en tenant compte d’une possible tendance des médias algériens à exploiter les propos de Boniface et à les amplifier pour des raisons que personne ne peut ignorer. Mais aussi, il convient de tenir compte de la sensibilité politique et idéologique de Pascal Boniface. Un exercice particulièrement délicat pour comprendre ce qui s’est passé à Alger.
Chawki Freïha
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