La lutte contre le terrorisme l’exige, et le rapport des forces internes le permet : l’Arabie saoudite retire des livres favorables à la pensée takfiriste

Sayyed Qotb qui sert de référence aux djihadistes d’Al-Qaïda censuré.

mardi 25 novembre 2008 - 13h27, par Randa Al Fayçal - Dubaï

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Depuis les attentats du 11 septembre 2001, à maintes fois revendiqués par Al-Qaïda, l’Arabie saoudite s’est trouvée contrainte d’assécher les ressources financières et idéologiques des islamistes. Le régime des Saoud a été contraint au grand écart, tiraillé entre sa « vocation islamique », et les pressions occidentales pour lutter contre les radicaux. Après les attentats commis en Arabie, Riyad a renforcé la lutte contre ce fléau.

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Cette politique a déjà conduit à la fermeture de plusieurs centres culturels saoudiens à travers le monde, qui servaient jusque-là à répandre le wahhabisme radical. Les fonds servant à construire les mosquées en Europe, en Amérique et en Afrique noire, s’est tari, et plusieurs associations caritatives (comme « Al Haramaïn » notamment) ont été dissoutes et les dons des fidèles, qui alimentaient le jihad en Afghanistan, ont été soumis à des critères très stricts. ces mesures ont même inquiété certains experts, et de nombreux Saoudiens, sur la stabilité du régime qui, ce faisant, risquait de provoquer la rupture avec son aile religieuse représentée par l’institution wahhabite.

Redoutant cette perspective, le régime a administré les réformes à faibles doses, sans provoquer des vagues. Le roi Abdallah a livré plusieurs batailles contre les radicaux et a prêté le flanc aux critiques, notamment après avoir visité le Vatican, et après avoir convoqué la Conférence de dialogue interreligieux et rencontré des rabbins juifs et des responsables israéliens à New York (dont Shimon Pérès)... Pourtant, certains spécialistes de l’Arabie craignaient que les réformes du roi Abdallah ne soient bloquées par son entourage, notamment par ses demi-frères qui contrôlent l’essentiel des postes stratégiques dans le royaume. Or, l’agravation de la maladie du prince-héritier Sultan, hospitalisé depuis plusieurs jours aux Etats-Unis, après plusieurs séjours dans des cliniques suisses, affaiblit considérablement les adversaires-concurrents du Roi au sein de la famille royale, lui permettant d’accélérer ses réformes.

Le site « Elaph.com » nous apprend en effet, le 25 novembre (deux jours après le départ du prince Sultan vers Boston pour soigner son cancer) que « le vice-ministre saoudien de l’Education et de l’Enseignement des garçons (la mixité étant interdite en Arabie), Saïd Mohammed Maliss, a donné ses instructions pour que certains livres soient retirés des bibliothèques scolaires et des centres d’enseignement ». Il s’agit notamment de livres accusés de promouvoir la pensée radicale et extrémiste. Deux ouvrages sont particulièrement visés : le premier concerne Sayyed Qotb, l’un des penseurs islamistes radicaux qui sert de référence à Al-Qaïda et aux autres groupes islamistes terroristes ; le second appelle clairement au Jihad, au nom de l’islam.

Dans sa circulaire, Maliss a demandé à toutes les directions concernées de retirer ces livres et de veiller à ce qu’aucun ouvrage semblable ne soit disponible au public. Cette mesure est accueillie favorablement par plusieurs intellectuels saoudiens. Le Club culturel de Taëf, par exemple, estime que cette mesure vise à « protéger la jeunesse de la pensée déviante et des dérives radicales et terroristes », et souhaite que « les programmes scolaires soient contrôlés de plus près pour éviter d’inculquer aux enfants des idées destructrices... ».

Traduction et synthèse de Randa Al Fayçal

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