Egypte : la course entre un libéralisme sexuel débridé et une répression religieuse draconienne

"Trop de rigueur tue la rigueur"

mardi 28 octobre 2008 - 18h58, par Randa Al Fayçal - Dubaï

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L’Egypte, et surtout les Egyptiens, semblent tiraillés entre la rigueur islamique enseignée par toutes sortes de prêcheurs, et une libéralisation sexuelle débridée, qui rappelle les traditions pharaoniques. Ce dilemme résulterait d’une crise identitaire intrinsèquement liée à la pression sociale et au poids démographique.

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Après la fameuse fatwa sur l’allaitement des grands, qui fut retirée de la circulation et dont l’auteur fut démis de ses fonctions à l’université islamique d’Al-Azhar, le pays vient de découvrir un autre imam, lui aussi enseignant d’Al-Azhar, qui prohibe le port des chemisettes et des T-shirt pour les hommes, et proscrit les pantalons serrés.

Selon « Al Masri Al Yaoum » du 27 octobre, le docteur Mohammed Abou Zeid Al-Faqi, ancien recteur de la faculté islamique pour filles de Kfar El-Cheïkh (au nord du Delta du Nil), a appelé les hommes à ne plus porter les chemisette à boutons, les T-shirt et les pantalons serrés, pour ne pas exciter les femmes, et pour éviter la fitna (discorde). Dans son prêche du dernier vendredi, l’imam n’a rien trouvé de mieux que de prohiber ces vêtements, surtout quand les hommes sont poilus sur la poitrine, et que leurs poils sont visibles à travers leurs chemisettes, et quand ils sont musclés. Pour lui, la vue des poils et des bras musclés excitent les femmes.

S’adressant aux salafistes qui portent les traditionnelles robes courtes, l’imam a demandé de couvrir la partie apparente des pieds et des mollets en portant de longues chaussettes.

Ce prêche est, depuis hier, particulièrement commenté par des lecteurs indignés, qui regrettent qu’au moment où le monde vit des crises bien plus graves, et que l’islam est confronté à des conflits existentiels, les oulémas se consacrent à la tenue vestimentaire des hommes, et au risque d’excitation sexuelle des femmes.

Mais cet appel à l’islam rigoureux n’a pas empêché d’autres Egyptiens à opter pour la liberté sexuelle à outrance. Au nom de l’islam, l’Egypte s’oppose à la limitation des naissances, et le pays croule sous le poids de sa démographie galopante, au point que le président Moubarak a dû tirer la sonnette d’alarme en juin dernier, et mettre en garde contre une véritable crise alimentaire. La démographie exponentielle, et la crise du logement qui en découle, provoquent une baisse notable des mariages, et alimentent toutes sortes de dérives sociales, comme les harcèlements sexuels et les mariages de jouissance. La semaine dernière, un chauffeur de taxi a été jugé pour avoir harcelé une jeune fille pendant qu’elle se rendait à sa faculté.

Parmi les dérives sociales, il convient de relever celles liées à l’excès de la frustration sexuelle et qui débouche sur une sexualité débridée. Plusieurs couples viennent de comparaitre devant la justice de Jizeh, pour pratique illégale de l’échangisme. Le principal prévenu et son épouse ont été condamnés à 15 jours de prison. Le quotidien « Al Masri Al Yaoum » du 27 octobre souligne en effet que « le prévenu a avoué avoir pratiqué l’échangisme avec trois autres couples, avant d’être pris en flagrant délit vendredi dernier », jour de prière.

Ces pratiques sont favorisées par les services de messagerie sur internet. L’ordinateur du prévenu a été saisi et fouillé par la police. Les enquêteurs ont retrouvé les conversations qui ont abouti à l’organisation de ces rencontres sexuelles.

L’histoire semble avoir débuté avec un jeune homme de nationalité arabe (non précisée, mais vraisemblablement du Golfe), qui, lors d’une conversation avec le prévenu, a proposé à l’Egyptien de se montrer via la caméra, pour savoir s’il plaisait à l’épouse de l’interlocuteur. Ce fut le cas, et le couple a pris l’avion et s’est rendu au Caire dans les heures qui ont suivi, pour procéder à l’échange.

Le prévenu égyptien, âgé de 48 ans, et son épouse, 35 ans, ont découvert ces services sur un site d’annonces sexuels. Devant les juges, ils ont accusé « un juif d’avoir créé ce site de rencontre, basé dans le nord de l’Irak ». Sans évoquer une quelconque conspiration juive - une exception qu’il convient de relever - le prévenu a avoué que « le site lui a plu, notamment sa messagerie instantanée ». Il a ainsi pu nouer des contacts avec des jeunes des pays du Golfe, et a fait la connaissance avec plusieurs couples, avant de passer à l’étape suivante, consistant à s’échanger les épouses.

Le principal accusé avait cependant certaines conditions à respecter avant de passer à l’acte. L’échangisme devait se dérouler exclusivement chez les partenaires, et dans la même pièce. Car, reconnait-il, « son plaisir atteignait son paroxysme quand il voyait un étranger faire l’amour à sa propre femme ». Celle-ci a, quant à elle, avoué avoir participé à ce jeu, consentante, mais à la demande de son mari.

Parmi les accusés figure aussi un avocat, âgé de 32 ans et père de deux enfants. Il a été arrêté vendredi dernier dans un cybercafé, alors qu’il négociait avec le principal accusé les conditions. Ce dernier devait en outre organiser une rencontre avec trois autres couples, une sorte de partouze. Mais après son arrestation, ses interlocuteurs ont coupé leur messagerie et disparu.

Interrogé sur ce phénomène, qui sort au grand jour pour la première fois en Egypte, un avocat égyptien, pourtant ancien étudiant de l’université islamique d’Al-Azhar et diplômé en droit islamique, nous a concédé que « l’excès de rigueur religieuse se révèle dangereux pour la piété. A force de vouloir tout règlementer, les oulémas finiront par détruire la société et ses repères ».

Randa Al-Fayçal

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