L’information, particulièrement commentée par le journal libanais « Assafir » dès le 14 août, puis par l’organe du Hezbollah « Al-Akhbar » du 18 août, est selon ces deux médias l’aboutissement d’une chasse politique engagée par le lobby juif en France, engagée depuis huit ans. Dans « Assafir », Labevière n’a pas mâché ses mots en dénonçant « la pensée unique qui règne en France », propos repris par la presse algérienne. Le quotidien « Al-Akhbar » souligne, de son côté, que « le paysage médiatique français ne supporte pas le pluralisme ». Mais ce soutien apporté par les médias du Hezbollah est loin d’aider Labevière dans sa défense, au moment où le parti chiite libanais, dont les relations avec le journaliste français ne sont plus à démontrer, n’avait pas hésité à incendier ou à couvrir les incendiaires de la télévision « Futur TV », pendant la razzia de Beyrouth, le 9 mai dernier.
Est-ce le « rétrécissement de la liberté d’expression en France », comme le prétendent les amis de Labevière, qui justifie à elle seule sa présence au Liban, invité par le Hezbollah, où il doit tenir une conférence de presse, fin septembre pour dénoncer son licenciement abusif, qu’il attribue à l’action du lobby juif dans l’Hexagone ? En tout état de cause, « Al-Akhbar » affirme que Labevière couvrira la visite de Nicolas Sarkozy en Syrie, début septembre, en tant que spécialiste de la région.
Les deux journaux libanais, porte-voix de la politique syro-irano-hezbollahie, tout comme la presse algérienne qui s’est étalée sur le cas Labevière, refusent unanimement le motif officiel pour lequel le rédacteur en chef de RFI a été licencié, à savoir l’interview qu’il avait réalisée avec Bachar Al-Assad début juillet dernier, à la veille de la visite d’Etat du président syrien en France. Pour les amis de Labevière, celui-ci est « victime de la pensée unique imposée aux médias français par les néoconservateurs ». Mais là aussi, l’argument avancé par le Hezbollah et par les siens sonne faux, car les ministres de l’opposition libanaise, qui ont désormais le droit de veto au gouvernement, s’activent depuis plusieurs jours pour restreindre la liberté de la presse au Liban, prétextant l’indispensable réorganisation du paysage médiatique (médias audio-visuel et presse écrite). Cette action vise à museler la presse et à la soumettre, pour achever le démembrement de l’Etat libanais au profit du Hezbollah à huis clos, sans le témoignage de la presse.
A l’inverse, ceux qui se réjouissent de la mise à l’écart de Labevière, au sein des deux médias officiels français destinés à développer et à accompagner la politique française dans le monde, espèrent qu’il puisse s’agir d’un réveil - certes tardif mais indispensable - de la classe politique française sur le danger de l’infiltration méthodique des médias par des Etats et des organisations considérées comme adverses ou hostiles à la France. De ce fait, plus le soutien solennel apporté par le Hezbollah et par l’opposition libanaise à Labevière est important, plus il justifie, a posteriori, son licenciement.
MediArabe.info avait consacré un éditorial, le 14 mai dernier, au cas de certains journalistes, écrivains et intellectuels français qui ne cachent plus leur alliance avec Damas, Téhéran et le parti de Hassan Nasrallah, en conflit avec la France. Parmi ceux-ci, Richard Labevière occupait l’une des meilleures places. Il devient alors permis de penser que son licenciement soit davantage lié à « une prise de conscience patriotique », devenue indispensable pour la survie de la France et de ses intérêts, et aux relations que Labevière - entre autres - entretient avec des pays adverses. Cette hypothèse n’innocente cependant pas le lobby sioniste et les néoconservateurs.
Notre éditorial du 14 mai ne relevait en aucun cas de l’incitation au licenciement. Il ne formulait aucune accusation de trahison à l’encontre de Labevière, même si, par excès de patriotisme, certains peuvent franchir le pas. Nos propos étaient tout simplement en avance sur l’actualité, comme le sont souvent nos analyses. De ce fait, nous espérons que notre opinion et que la liberté d’expression dont nous jouissons ne soient en rien dans le licenciement de notre confrère.
Khaled Asmar