Les "poupées russes" à Gaza et au Liban ne doivent pas permettre à la Syrie de tromper systématiquement tout le monde

La trêve entre Gaza et Israël fragilisée par des tirs de roquettes sur Sdérot

mardi 24 juin 2008 - 16h28, par Khaled Asmar - Beyrouth

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Alors que le Premier ministre israélien Ehud Olmert se trouve en Egypte pour rencontrer le président Hosni Moubarak à Charm El-Cheïkh et discuter de la médiation égyptienne entre le Hamas et l’Etat hébreu, et au moment où Nicolas Sarkozy est en Cisjordanie pour rencontrer le président de l’Autorité palestinienne (Mahmoud Abbas représentant légalement le pouvoir légitime), les Brigades Al Quds, bras armé du Jihad islamique, ont revendiqué le tir de deux roquettes contre la ville israélienne de Sdérot.

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Ces tirs risquent d’ébranler considérablement une trêve déjà bien fragile, conclue la semaine dernière et entrée en vigueur jeudi à l’aube. Le Jihad islamique vient en effet de tirer deux projectiles contre la ville de Sdérot, mais surtout de les revendiquer. Il signe ainsi son forfait et engage la responsabilité de sa direction politique, basée, elle, à Damas. Cette tentative de saboter la trêve atteste que toute la gesticulation en cours au Proche et Moyen-Orient est infondée. Les négociations syro-israéliens servent le régime syrien d’éviter l’affrontement direct avec l’Occident sur au moins trois dossiers : le Liban, l’Irak et le nucléaire. Le dialogue sert aussi Olmert, inquiété par la justice, de retarder son éviction et d’éviter des élections anticipées.

Ceux qui accordent encore la moindre confiance à la Syrie et à ses alliés doivent se réveiller et ouvrir les yeux devant le système des « poupées russes » installé et manipulé par Damas. A Gaza, ce système est bien rodé. Le Hamas cache le Jihad islamique, derrière lequel se poste le FPLP, puis le FDLP, ainsi que le Fatah-Intifada et autre Fatah-Conseil Révolutionnaire... En dernier recours, on peut s’attendre aux Comités civils de défense et leurs Brigades Salaheddine. Avec cette multitude d’organisations, dont les dirigeants résident essentiellement en Syrie et profitent de ses aides - et donc exécutent ses ordres - il est difficile d’avoir un seul interlocuteur et de respecter et faire respecter la moindre trêve.

De même, ce système érigé au Liban depuis les années 1990 se sert de l’appellation inoffensive d’« opposition nationale » que le Général Aoun lui procure une couverture chrétienne de plus en plus mince. Ce système regroupe, derrière le Hezbollah, les milices d’Amal, du Parti National Social Syrien, du Baas (antenne libanaise), de Sleiman Frangieh, de Wiäm Wahhab, de Talal Arslan, de Omar Karameh, de Ali Eïd, de Abdelrahim Mourad... Une opposition qui peut aussi compter sur des sunnites radicaux infiltrés depuis la Syrie - destinés initialement à combattre en Irak - pour alimenter la tension, provoquer les affrontements et maintenir le chaos. Cette orchestration est judicieuse et très lucrative pour le maestro syrien qui fait semblant de donner de la main gauche ce qu’il prend de la main droite. La présence de Bachar Al-Assad à Paris, le 13-14 juillet prochain en est l’illustration : il a libéré uniquement l’échéance présidentielle libanaise qu’il bloquait depuis six mois, pour se vendre à la France. Celle-ci a aveuglément payé sans vérifier l’état de la marchandise. Aujourd’hui, Paris découvre que l’opposition bloque toujours la formation du gouvernement et ses multiples composantes se rejettent la responsabilité de ce blocage. Pour les satisfaire, il faudrait un gouvernement d’au moins une centaine de ministres ! Il y a tromperie sur la marchandise, mais la Syrie a déjà encaissé le prix et « arnaqué » la France. A l’heure où Sarkozy était en Cisjordanie, le Jihad islamique lui a signifié les limites de sa marge en revendiquant les tirs contre Sdérot.

Khaled Asmar