Point de vue de Khaled Asmar - Beyrouth

Irak : de nouvelles révélations sur l’implication de « l’Armée du Mahdi » dans le terrorisme de masse

La lutte d’influence entre Qum et Nadjaf se confirme

mardi 1er avril 2008 - 11h51, par Khaled Asmar - Beyrouth

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Le quotidien « Al Quds Al Arabi » souligne, ce matin, que le commandement militaire irakien de la région de Karbala, au sud de Bagdad, a exposé aux médias irakiens les aveux de plusieurs terroristes arrêtés dans le cadre de l’enquête sur deux attentats suicides qui ont ensanglanté la ville sainte de Karbala.

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Selon « Al Quds Al Arabi », les autorités irakiennes ont arrêté deux suspects impliqués dans les attentats qui ont secoué la ville sainte de Karbala, le 17 mars 2008, et qui avaient fait une cinquantaine de morts et plusieurs dizaines de blessés. Leurs aveux, filmés et exposés aux médias, confirment l’appartenance des terroristes à « l’Armée du Mahdi », dirigée par Moqtada Sadr, l’imam qui poursuit ses études théologiques à Qum, en Iran, pour devenir Ayatollah. Il est financé et commandité par l’Iran, et son armée est organisée et entraînée par les Gardiens de la Révolution et par le Hezbollah libanais.

Les accusations fondées et documentées attribuant ce terrorisme de masse à l’Iran et à ses agents en Irak confirment que le combat ancestral entre le concept chiite défendu par Qum et celui développé par Nadjaf est loin d’être tranché. Les deux écoles chiites se livrent à une lutte sans merci, dont les fidèles sont le carburant et les victimes. Les autorités avaient en effet arrêté cinq personnes, après les attentats. Trois ont été libérées après que les deux autres aient reconnu leur implication. Il s’agit de Mohsen Hadi Al-Kanani et de Farès Omrane Hamza, originaires du quartier Al-Ghadir (3 km au sud de Karbala). Ils ont reconnu avoir reçu, ainsi que leurs familles, des menaces de mort proférées par l’Armée du Mahdi, s’ils ne commettaient pas les attentats. L’explosif a été fourni par Jassem Abou Honein, le chef de l’Armée du Mahdi dans le quartier Al-Ghadir. L’un des suspects affirme avoir « refusé de faire exploser la charge à l’entrée du Mausolée de l’imam Al-Hussein, pour des raisons religieuses. L’Armée du Mahdi a alors chargé l’un de ses membres de la mission. Celui-ci, identifié comme étant Adel Kiara, a alors engagé une prostituée qu’il faisait travailler. La charge a explosé avant que la femme ne soit parvenue à sa cible ». Rappelons que la prostitution et les mariages de jouissance sont très répandus dans les milieux chiites, notamment dans les régions contrôlées par l’Armée du Mahdi. Moqtada Sadr a publié plusieurs fatwas, ces dernières années, autorisant ces pratiques, pour, dit-il, « soulager » et « réconforter » ses combattants.

Ces révélations sont susceptibles de relancer les combats entre les forces gouvernementales et le courant de Sadr. Selon le correspondant de la télévision « Al Arabiya » à Bagdad, « les Irakiens ont très largement répondu à l’appel lancé par le Premier ministre pour s’enrôler dans la police et l’armée. Les bureaux de recrutement sont pris d’assaut », affirme-t-il.

Les irakiens sont en effet excédés par les ingérences iranienne et syrienne. Après la « révolte » des Sunnites contre Al-Qaïda et ses ramifications à travers la Syrie, notamment dans l’Ouest de l’Irak (Al-Anbar), les Chiites semblent à leur tour comprendre que « l’Iran les manipule, tout en prétendant les défendre ». C’est du moins ce qu’a confirmé le chef de l’une des principales tribus irakiennes, hier. Cheïkh Ali Hatem al-Ali Suleiman, principal chef de la « Coordination des puissantes tribus Al-Douleym », en visite au Koweït, a en effet affirmé que « les Irakiens, sunnites comme chiites, sont victimes de la Syrie et de l’Iran. Damas et Téhéran sont engagés dans un conflit avec les Etats-Unis, mais ne pouvant pas confronter directement les Américains, ils ripostent en Irak, par irakiens interposés ».

Après ces révélations et ces accusations, personne n’a plus le droit d’ignorer la réalité et de parler de « résistance légitime du peuple irakien contre l’occupation ». Car les victimes irakiennes sont essentiellement imputées aux terroristes d’Al-Qaïda, venus depuis et à travers la Syrie, et aux terroristes chiites liés à Qum, entretenu, armés et financés par l’Iran et par son bras armé extérieur, le Hezbollah libanais (Imad Maghnieh avait contribué à la mise en place des milices de Sadr, à Bassorah). Personne ne peut désormais plus légitimer le soutien qu’apportent Damas et Téhéran aux illuminés, sous peine de complicité dans le crime.

Khaled Asmar