Les Maronites s’apprêtent à fêter leur Saint Patron le 9 février

La Syrie tente une nouvelle manœuvre pour soumettre le Patriarcat maronite libanais et prend le tombeau de Saint Maron en otage

Analyse de Khaled Asmar - Beyrouth

jeudi 7 février 2008 - 08h12, par Khaled Asmar - Beyrouth

Logo MédiArabe.Info

Durant les soixante dernières années, l’hégémonie syrienne sur le Liban s’est systématiquement heurtée à la résistance de deux parties libanaises : l’Eglise maronite, et les souverainistes libanais conduits, depuis toujours, par les Chrétiens.

Cette résistance chrétienne a connu plusieurs mutations. Au début de la guerre au Liban, en 1975, elle a été menée par les partis chrétiens des Kataëb, des Libéraux, des Gardiens du Cèdre et du Tanzim… En dépit de la campagne de désinformation qui a été menée notamment en Occident, par la gauche proche de l’OLP, ces partis n’ont fait que défendre la souveraineté libanaise contre des Palestiniens devenus encombrants et dont la présence militaire menaçait l’indépendance du Liban. Au fil des années, les partis chrétiens se sont coalisés au sein des Forces Libanaises (FL), sous le commandement de Béchir Gemayel, assassiné 20 jours après son élection, en 1982. Dans la douleur, les FL ont fédéré les Chrétiens dans un seul corps militaire, tout en laissant aux partis leur autonomie politique.

A la fin de la guerre, en 1990, le camp chrétien est sorti particulièrement affaibli de deux épreuves imposées par le Général Michel Aoun. Celui qui fut présenté comme le « champion de la Libération », a rendu des « services inestimables aux Syriens » et leur a livré le pays sur un plateau. Durant son exil en France, une partie des Libanais continuaient à subir et à croire sa « démagogie libératrice », bien que, consciemment ou inconsciemment, Aoun a été un allié objectif de la Syrie. Les conditions de son retour au pays, en 2005, son alliance avec le Hezbollah en 2006, et sa politique menée depuis, prouvent que le Général a « consciemment trompé les siens ».

Ayant mis la main sur les institutions libanaises en 1990, à la faveur des deux guerres du Général Aoun, les Syriens ont imposé le Président qu’ils voulaient, désigné les ministres, les députés et les directeurs des services de sécurité, et noyauté l’administration, sans pour autant réussir à légitimer leur annexion déguisée du pays. Ils ont pourtant longtemps cherché à dompter les derniers insoumis : l’Eglise et les Forces Libanaises. Ils ont en effet fomenté un attentat contre une église de Jounieh, en 1994, pour l’attribuer aux FL et emprisonner leur chef, Samir Geagea. Les Services syriens ont également tenté de lancer d’autres mouvements politiques pour casser les FL, à travers d’anciens responsables de ce parti, sans succès. Ils ont essayé d’exploiter Elie Hobeïka, avant de l’assassiner. Ils ont utilisé, entre autres responsables, Fouad Malek, Emile Rahmé et Nader Succar, devenu député pro-syrien, pour récupérer la base populaire des FL et la canaliser dans le projet d’annexion du Liban. Ils ont lamentablement échoué. Malek, qui fut le chef d’état-major des FL, a été désavoué par les siens. Emile Rahmé et Nader Succar ont été rejetés par les Chrétiens, et ont rejoint, aujourd’hui, l’opposition menée par le Hezbollah et Michel Aoun.

Parallèlement à ces manœuvres, les Syriens ont exercé d’énormes pressions sur le Patriarcat pour obtenir sa caution. Le Patriarche Sfeïr a toujours refusé de reconnaître l’occupation. Au contraire, il a cautionné le boycott politique et économique des institutions, décrété par les Chrétiens souverainistes (élections de 1992 et 1996 ont été boudées par les Chrétiens). Le Patriarche a aussi refusé de se rendre en Syrie, et a boycotté la visite du Pape Jean-Paul II dans ce pays (mai 2001), en guise de dénonciation de la politique syrienne au Liban, et par crainte que sa visite ne soit exploitée pour cautionner le régime syrien. En Septembre 2000, soit quelques mois après le décès de Hafez Al-Assad, le Patriarcat avait pourtant allumé, le premier, l’étincelle de la deuxième indépendance du Liban, un projet qui a eu l’adhésion de la majorité des partis libanais, toutes confessions confondues, à l’exception des mouvements intrinsèquement liés à la Syrie. Ce faisant, le Patriarcat a repris le rôle de pionnier de l’Indépendance du Liban, toujours joué par l’Eglise. C’est cette position ferme et son soutien au camp souverainiste qui ont valu au Patriarche les attaques verbales acerbes, d’une « bassesse extraordinaire », lancées à tour de rôle par les pro-syriens Michel Aoun et ses partisans, et par Sleiman Frangieh. Ces attaques, commanditées par la Syrie à ses alliés maronites pour les crédibiliser, ont été relayées par certains Libanais qui se qualifient d’« intellectuels » mais qui, après avoir « déposé les armes » et admis l’occupation, et après s’être alliés aux collaborateurs, ont décidé de « vendre leur âme ».

Aujourd’hui, ayant constaté l’échec de toutes ses manœuvres, la Syrie poursuit ses pressions sur le Patriarche, par tous les moyens disponibles, et prie pour que son règne à la tête de l’Eglise soit écourté. Plusieurs porte-voix de la Syrie au Liban se sont en effet élevés pour demander au Pape d’intervenir et de remplacer le Patriarche. En vain. Le Vatican a refusé même de recevoir une délégation représentant le Général Aoun. Pour le Saint Siège, toute démarche en direction du Vatican doit nécessairement passer par la seule référence des Maronites, le Patriarcat. Benoît XVI a ainsi validé et conforté le rôle de Nasrallah Sfeïr à la tête de l’Eglise.

En dépit de ses échecs répétitifs devant la solidité et la légitimité de l’Eglise maronite millénaire, la Syrie ne semble pas baisser les bras et multiplie les tentatives. La dernière en date est intervenue le 5 février, quatre jours avant la fête de Saint Maron (ou Maroun), patron des Maronites.

En effet, le Mufti de Syrie, Ahmad Badreddine Hassoun, a révélé le 5 février avoir « invité le Patriarche maronite Nasrallah Sfeïr, à plusieurs reprises, pour se rendre en Syrie. Mais Sfeïr n’a pas répondu ». Selon Hassoun, « une invitation a également été adressée au Pape Benoît XVI ».

Le plus important dans ces révélations est que la Syrie prend Saint Maron en otage et exploite le projet de construction du tombeau du Patron des Maronites à des fins politiques. Le Mufti, nommé par le régime de Damas, affirme en effet que « la pose de la première pierre du tombeau du Saint Maron, dans la région de Hama (300 km de Damas), ne pourra se faire que lors d’une visite du Patriarche maronite. Si Sfeïr ne veut pas venir en Syrie, on attendra son successeur pour réaliser le projet », dit-il textuellement.

Les Maronites étaient, sont et demeureront le rempart qui protège l’indépendance du Liban. Et comment en être autrement, puisqu’ils sont ses bâtisseurs, et que l’Eglise maronite, dont les racines remontent aux premiers siècles de notre ère, a toujours su résister aux hégémonies Mamelouk, Omeyyades, Abbassides, Perses et Ottomanes... Ce ne sont pas les manœuvres syriennes qui la feront trembler.

Khaled Asmar