L’analyse de Khaled Asmar - Beyrouth

Face aux pressions exercées sur Damas, la Syrie durcit sa politique

La menace terroriste plane sur la région

jeudi 3 janvier 2008 - 11h47, par Khaled Asmar - Beyrouth

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Après l’annonce, par le ministre syrien des Affaires étrangères Walid Al-Moallem, de l’échec de la médiation française au Liban, la Syrie tend vers un durcissement de sa politique régionale.

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Damas n’a pas « digéré » les propos menaçant du président français tenus au Caire, fin décembre 2007, notamment son insistance sur le Tribunal international devant juger les auteurs et les commanditaires des assassinats politiques au Liban, et la disponibilité de la France à contribuer à son financement. Damas n’a pas apprécié non plus l’activisme arabe et international destiné à l’empêcher d’imposer son diktat sur le Liban à travers l’opposition. Conforme à sa tradition, la réaction syrienne se manifeste par un retour vers le durcissement de sa politique sur plusieurs fronts régionaux. Elle pourrait s’exprimer par une nouvelle flambée de violence, tant en Irak qu’au Liban et dans les Territoires palestiniens, et au-delà.

Au Liban, la polémique a repris de plus belle entre la majorité et l’opposition. Hier, Walid Joumblatt a accusé le Hezbollah d’implication directe ou indirecte dans les assassinats politiques. Le leader druze a catégoriquement refusé de laisser les présidents syrien Bachar Al-Assad et iranien Mahmoud Ahmadinedjad de prendre le Liban en otage à travers le tiers de blocage réclamé par l’opposition, et a rejeté tout compromis avec le Hezbollah qui couvre politiquement les assassinats. Le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a riposté lors d’une émission diffusée par la télévision de son allié Nabih Berri (NBN), en menaçant de porter plainte contre Joumblatt pour accusations mensongères graves et infondées… Au nom de l’opposition, Nasrallah a également menacé d’exercer de nouvelles pressions sur le gouvernement, sans dévoiler les contours de ces actions à venir. Celles-ci pourraient viser la FINUL déployée au Sud-Liban. Les Espagnols et les Français pourraient y constituer des cibles privilégiées. Madrid a arrêté, en juin 2007, Mounzer Al-Kassar, un marchand d’armes d’origine syrienne, recherché par les Américains. A la mi-décembre, la justice espagnole a accepté son extradition vers les Etats-Unis, une extradition qui doit encore être avalisée par le gouvernement de Madrid. Or, la Syrie a indirectement mis en garde contre la remise de son ressortissant à Washington. Ainsi, l’Espagne pourrait redouter des mesures de rétorsion syriennes contre ses unités déployées au Liban dans le cadre de la FINUL, qui seraient à la merci des organisations radicales, palestiniennes ou islamistes, liées à Damas. Les militaires français pourraient, quant à eux, devenir des otages du différend franco-syrien autour de la présidence libanaise.

En Irak, le vice-président syrien Farouk Chareh rencontre cette semaine à Damas l’un des chefs de l’opposition irakienne sunnite, le chef du Front du dialogue national, Saleh Al-Mutleg. La Syrie doit également multiplier les invitations aux responsables irakiens, afin de coordonner les actions destinées à accentuer les pressions sur les Etats-Unis en Mésopotamie, de façon à les obliger à composer avec Damas.

Mais le signe le plus palpable sur ce durcissement syrien serait sans doute l’importante manifestation que doit organiser le Hamas palestinien à Damas, le 4 janvier, réunion autorisée par la Syrie pour célébrer l’anniversaire de la création du mouvement islamiste palestinien. Aussi, après plusieurs reports et menaces d’annulation ou de transfert à Téhéran, les factions palestiniennes basées en Syrie ont obtenu l’accord des autorités de tenir leur congrès à Damas, entre les 23 et 25 janvier prochain. La tenue de ce congrès avait pour but de rivaliser avec la conférence d’Annapolis, mais la Syrie l’avait annulé en contrepartie de sa participation à la conférence internationale. Ayant échoué à imposer leur point de vue, les Syriens ont repris la carte palestinienne pour exercer des pressions sur les pays arabes modérés et sur l’Occident. Cet activisme syrien intervient à quelques mois du sommet arabe prévu en mars à Damas, mais qui est d’ores et déjà menacé de délocalisation.

Le durcissement syrien se fait aussi sentir sur la scène intérieure à travers la poursuite des arrestations des opposants, accusés de collusion avec l’étranger. Dans ce cadre, Damas a catégoriquement démenti les déclarations de deux parlementaires américains en visite en Syrie la semaine dernière. Le député Patrick Kennedy et le sénateur Arlen Specter ont affirmé avoir obtenu du président Assad la promesse de libérer les opposants. Damas a officiellement démenti ces propos, pourtant tenus à la sortie du palais présidentiel, et a affirmé rejeter toute tentative d’ingérence dans sa politique intérieure.

Al-Qaïda pourrait servir de « couverture » à Damas

Ainsi, n’ayant pu obtenir l’immunité à travers l’annulation du Tribunal international, et n’ayant pu imposer son candidat à la tête du Liban, ni les conditions de l’opposition qu’il téléguide depuis Damas, le régime syrien craint l’heure de vérité qui approche et durcit ses positions. Sa contre-offensive politique et diplomatique aura sans doute des retombées sur la sécurité. De nombreux observateurs redoutent la reprise des attentats en Israël, des assassinats au Liban, et l’accélération du bain de sang en Irak, le tout commandité par les Services syriens. Certains n’écartent pas une campagne de déstabilisation visant l’Arabie saoudite et l’Egypte, sous couvert d’Al-Qaïda. Et dans cette même logique, la France et l’Espagne en particulier, et l’Europe en général, pourraient être confrontées à des actes terroristes sur leur sol ou contre leurs intérêts à l’étranger, en guise de vengeance syrienne. Le pays de Bachar Al-Assad a en effet infiltré l’organisation d’Al-Qaïda depuis de longues années. Il l’a manipulée et aidée, notamment en Irak. Les combattants islamistes recrutés dans les banlieues européennes ont pour la plupart transité par la Syrie pour rejoindre le jihad en Irak. Lors de leurs séjours en Syrie, certains ont été endoctrinés avant d’être renvoyés en Europe pour y constituer des cellules terroristes dormantes. Celles-ci pourraient être activées sur simple commande syrienne.

Khaled Asmar - Beyrouth