L’Etat contribue à l’islamisation rampante

Algérie : deux militaires condamnés pour manque de respect à l’islam

mardi 9 octobre 2007 - 03h08, par Chawki Freïha - Beyrouth

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Pendant le Ramadan, tout bon musulman doit jeûner pour accomplir l’un des principaux piliers de l’islam. Il est également fortement recommandé, pour les non musulmans, de ne pas manger, boire ou fumer en public, par respect à ceux qui respectent les préceptes de la religion. Deux militaires algériens, arrêtés en flagrant délit de non respect du Ramadan, viennent d’être condamné à la prison ferme.

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Selon le quotidien algérien « Ech-Chorouk », du 9 octobre 2007, un juge du tribunal de Guelma a condamné, le 8 octobre, deux militaires algériens. Le premier, âgé de 22 ans, était poursuivi pour « port d’arme blanche sans permis » et pour « atteinte aux valeurs de la religion ». Il a hérité de six mois de prison ferme et d’une amende de 30.000 dinars. Le second, âgé de 21 ans, accusé de « manque de respect à l’islam », a été condamné à six mois de prison avec sursis, et d’une amende de 30.000 dinars également.

Les deux militaires avaient été arrêtés le 3 octobre dans la matinée, à proximité de la caserne située au centre ville de Guelma. Devant les juges, les deux accusés ont reconnu avoir fumé en pleine journée de jeûne, donc d’avoir manqué de respect et d’avoir porté atteinte à l’islam. Le premier accusé a justifié son geste par son état de santé qui l’a obligé à se nourrir, le second a articulé sa défense autour du fait qu’il devait rejoindre sa caserne d’affectation, située à Batna, à plus de 80 km de là. Il pensait que « le jeûne n’était pas ainsi indispensable, en prévision de son voyage ». Le Parquet avait requis une peine de deux ans de prison ferme pour les deux coaccusés, et une amende de 50.000 dinars chacun. La défense a réussi à réduire ces peines.

Cette sévérité des sanctions intervient alors que le pays connait une islamisation systématique des mœurs, accélérée par le président Bouteflika qui caresse les islamistes, qui leur tend la main et qui multiplie les gages à leur égard. Après avoir opté pour la clémence vis-à-vis des terroristes qui se rendent, et après avoir généralisé l’enseignement islamique, désormais obligatoire au baccalauréat dès la rentrée 2008, Bouteflika a lancé le projet de construire la troisième plus grande mosquée au monde après celles de la Mecque et de Médine (pour certains, il s’agira de la quatrième plus imposantes après celle construite récemment aux Emirats arabes unis). Cinq bureaux d’architectes internationaux ont déposé leur projet et Bouteflika doit trancher avant la fin du Ramadan. La Grande mosquée d’Alger, destinée à marquer l’histoire de l’ère Bouteflika, coûtera plus de 3,5 milliards de dollars. Elle sera dotée d’un minaret de 300 m. de hauteur, un centre culturel et des salles de conférence. Cet édifice pourra accueillir au total 120.000 fidèles. Certains Algériens regrettent que ces fonds ne puissent financer des logements ou des infrastructures indispensables, alors que le pays manque cruellement d’habitations et où le chômage atteint des taux inquiétants, et où la pauvreté ne cesse de s’étendre...

En attendant le lancement des travaux et l’achèvement de la Grande mosquée, le quotidien « El-Khabar » du 9 octobre 2007 nous apprend que le président Bouteflika continue à prier dans la mosquée principale d’Alger, située non loin de la Place des Martyrs. « Le quartier a été bouclé, le 8 octobre, dès l’après-midi, les voitures stationnées ont été évacuées. La route reliant la résidence d’Etat de Zeralda à la mosquée d’Alger a été complètement sécurisée avec un déploiement massif des forces de l’ordre. Le président devait en effet participer, avec le gouvernement au complet et les ambassadeurs et diplomates des pays musulmans accrédités à Alger, à la 27ème nuit du Ramadan. La prière avait été interdite durant les 24 heures précédant l’arrivée du président, sans doute pour fouiller et sécuriser les lieux ». Le quotidien ajoute que « le public était entièrement jeune, les vieilles personnes ont été interdites d’accès, ce qui signifie que tous les fidèles qui ont assisté à cette prière étatique étaient des policiers en civil », constate le journal.

Si les habitants des quartiers voisins de la mosquée affirment comprendre ces mesures de sécurité draconiennes prises après l’attentat de Batna visant le président en personne, en septembre dernier, ils regrettent néanmoins que leurs voitures aient été emportées par la police, et que les passants aient été interpelés, sans aucun préavis. Pour nombre d’Algériens, « cette politique atteste que leur pays a abordé une phase critique de sa réislamisation ».

Traduction et synthèse de Chawki Freïha